L'ère des taux négatifs pourrait cesser "d'ici la fin du troisième trimestre" : une annonce qui fait bondir l'euro

"Sur la base des perspectives actuelles, nous serons probablement en mesure de sortir des taux d'intérêt négatifs d'ici la fin du troisième trimestre", a déclaré la présidente de la BCE Christine Lagarde.

La Libre Eco avec AFP et Belga
Le dollar américain recule face aux autres grandes devises. La semaine dernière, le Dollar index, qui compare le billet vert à un panier de monnaies, avait déjà cédé 1,4 %, sa plus forte baisse depuis février.
Le dollar américain recule face aux autres grandes devises. La semaine dernière, le Dollar index, qui compare le billet vert à un panier de monnaies, avait déjà cédé 1,4 %, sa plus forte baisse depuis février. ©Shutterstock

L'euro progressait fortement lundi face à un dollar miné par le retour de l'appétit pour le risque, la devise européenne profitant en outre du calendrier plus précis de resserrement de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE).

Vers 09H35 GMT (11H35 à Paris), l'euro prenait 1,02 % à 1,0671 dollar, après avoir atteint 1,0682 dollar, un sommet depuis un mois.

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde a signalé lundi qu'une sortie de l'ère des taux négatifs pourrait intervenir "d'ici la fin du troisième trimestre", face à une inflation galopante qui force l'institution à réagir. "Sur la base des perspectives actuelles, nous serons probablement en mesure de sortir des taux d'intérêt négatifs d'ici la fin du troisième trimestre", écrit la banquière centrale dans un billet de blog posté sur le site de l'institution.

L'institution de Francfort se distingue depuis plusieurs mois par son hésitation à annoncer franchement un calendrier de resserrement des conditions de crédit. Or, les propos de Mme Lagarde vont désormais dans le sens des attentes des acteurs de marché, tablant sur plusieurs hausses de taux sur la seconde partie de l'année.

La première remontée devrait être décidée en juillet, a précisé Mme Lagarde, soit peu de temps après la fin des achats nets d'actifs, l'autre instrument de soutien qui n'a plus de signification dans un contexte de forte inflation.

Tirée par les prix de l'énergie et les pénuries de certains produits alors que la demande post-Covid-19 est élevée, l'inflation s'est stabilisée à 7,4% sur un an le mois dernier dans la zone euro, un niveau qui reste bien supérieur à l'objectif de 2 % de la BCE. En période de basse inflation en 2014, l'institution avait fait passer en négatif son taux, grevant une partie des dépôts des banques à son guichet, et ce pour inciter les banques à prêter à l'économie. La sortie de l'ère des taux négatifs concerne donc cet instrument, campant actuellement à -0,5 % et qui fait référence sur le marché.

Ces dernières semaines, les "faucons" au Conseil des gouverneurs de la BCE ont eux plaidé pour accélérer le rythme de normalisation de la politique monétaire, prenant le pas sur les "colombes" qui veulent stimuler l'économie.

Galvaniser l'euro

"Cela faisait longtemps que nous attendions" que la BCE rejoigne la banque centrale américaine (Réserve fédérale, Fed) en se focalisant sur l'inflation, remarque Ipek Ozkardeskaya, analyste chez SwissQuote. De quoi galvaniser l'euro, qui avait frôlé plus tôt dans le mois son plus bas en deux décennies face au dollar. "On commençait à parler de parité euro-dollar", rappelle Mme Ozkardeskaya, mais avec cette annonce de la BCE, le plus bas de mai "est un plancher" qui ne sera pas franchi, estime-t-elle.

>> Lire aussi : Retour à la parité euro-dollar cette semaine ?

D'autant plus que le dollar américain recule face aux autres grandes devises. La semaine dernière, le Dollar index, qui compare le billet vert à un panier de monnaies, avait déjà cédé 1,4 %, sa plus forte baisse depuis février. La devise américaine "a perdu de son élan mi-mai, en l'absence de nouvelles informations", commente Kit Juckes, analyste chez Société Générale.

La livre britannique montait de 0,81 % à 1,2582 dollar.

M. Juckes juge cependant que la remontée des autres devises, comme des Bourses, "est trop rapide pour être définitive".

"Les risques qui pèsent sur les économies au Royaume-Uni comme en zone euro restent des poids" qui pourraient empêcher les devises de décoller, abonde Jeffrey Halley, analyste chez Oanda.