La dette de l'Italie à nouveau dans le viseur des marchés, secouée par la menace du départ de "Super Mario"

La démission de Mario Draghi au poste de Premier ministre de l'Italie, même si refusée par le président Sergio Mattarella, est venu tendre à nouveau la situation de la dette italienne sur les marchés.

La Libre Eco avec AFP
"L'arrivée de Mario Draghi au pouvoir à Rome, auréolé de sa réputation de sauveur de la zone euro, avait été vue par les marchés comme un miracle", a commenté à l'AFP Gilles Moëc, chef économiste du groupe Axa.
"L'arrivée de Mario Draghi au pouvoir à Rome, auréolé de sa réputation de sauveur de la zone euro, avait été vue par les marchés comme un miracle", a commenté à l'AFP Gilles Moëc, chef économiste du groupe Axa. ©AFP

Le dernier épisode de la vie politique tumultueuse en Italie, avec l'annonce de la démission de Mario Draghi, certes refusée par le président, a ravivé les craintes d'une envolée des taux d'emprunt du pays qui pourrait s'avérer explosive pour la zone euro. Dix ans après s'être dit "prêt à tout" pour sauver la zone euro, empêchant ainsi l'implosion du bloc monétaire, l'ancien patron de la BCE acceptera-t-il de rester au chevet de l'Italie? Tout se jouera au Parlement mercredi prochain.

Les soubresauts politiques italiens arrivent en tout cas "au pire moment" pour Christine Lagarde, qui lui a succédé à la tête de la BCE en 2019, ont commenté les analystes de la banque ING. Mme Lagarde devra annoncer les contours d'un nouveau dispositif visant à juguler l'augmentation des écarts de taux entre pays de la zone euro due à la spéculation. Or, "on ne peut guère parler de hausse injustifiée dans la situation politique actuelle" de l'Italie, juge ING.

Les espoirs placés en "Super Mario"

Le spread, le très surveillé écart entre les taux d'intérêt allemand et italien à dix ans, est monté jusqu'à 225 points vendredi. Peu après l'arrivée aux commandes de l'Italie de "Super Mario" en février 2021, le spread était passé en dessous de la barre des 100 points pour la première fois depuis 2015. Puis, malgré l'aura intacte de l'ancien patron de la BCE, l'écart a commencé à remonter dans un contexte économique assombri par l'envolée des prix, la guerre en Ukraine et la recrudescence de la pandémie de coronavirus."Je ne suis pas un bouclier contre les événements, je suis un être humain", a-t-il reconnu en mai.

Lorsque la BCE a sonné la fin de son soutien monétaire à l'économie à la mi-juin, le spread s'était même envolé à 245 points, au plus haut depuis deux ans.

"Si le monde politique italien joue à provoquer une crise interne en pleine guerre et sous la menace d'une pénurie énergétique, la hausse induite du spread de l'Italie est-elle excessive du point de vue des fondamentaux? La BCE doit-elle vraiment la contrer?" a tweeté Eric Dor, directeur des études économiques à l'école de commerce IESEG.

La crise politique déclenchée jeudi par le refus du Mouvement 5 Etoiles de voter la confiance au Sénat a mis à rude épreuve les nerfs des investisseurs, qui redoutaient le pire, à savoir la démission de Mario Draghi. L'annonce de sa démission, après un an et cinq mois aux commandes du pays, est bel et bien tombée jeudi soir, plongeant le pays dans la stupeur, mais a été refusée aussitôt par le président Sergio Mattarella.

Un ratio plus mauvais encore que la Grèce

"L'arrivée de Mario Draghi au pouvoir à Rome, auréolé de sa réputation de sauveur de la zone euro, avait été vue par les marchés comme un miracle", a commenté à l'AFP Gilles Moëc, chef économiste du groupe Axa."Tout signal indiquant que Draghi ne survivrait pas aux élections législatives de 2023, voire quitterait le pouvoir avant, est un motif d'inquiétude pour les marchés", a-t-il expliqué.

Se pose notamment, selon lui, "la question de la poursuite" du programme de relance et de l'atteinte des objectifs réclamés par Bruxelles pour bénéficier des quelque 200 milliards d'euros promis à Rome.

Et l'Italie a eu beau signer une hausse du PIB de 6,6 % en 2021, un taux inédit depuis 1976, les interrogations sur une croissance durable persistent.

"C'était un simple rebond" après le plongeon du PIB de 9 % en 2020, dû à la pandémie, estime Salomon Fiedler, économiste de la banque d'investissement Berenberg.

"Depuis la crise de la dette en 2012, l'Italie n'a pas vraiment progressé, quelques réformes ont été mises en route, les déficits ont baissé, mais la croissance est toujours modeste et la dette a considérablement augmenté", a-t-il déclaré à l'AFP. Au fil des années, l'Italie a accumulé une dette de plus de 2 700 milliards d'euros, soit quelque 150 % du PIB, le ratio le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce.