Face à une inflation "beaucoup trop forte", la BCE opère sa plus forte hausse des taux depuis plus de 20 ans

La décision, si elle est forte, était attendue par les marchés. La présidente de l'institution, Christine Lagarde, a toutefois averti que les taux actuels sont encore "loin" d'un niveau qui "aidera à ramener l'inflation à 2%".

La Libre Eco avec Belga
Face à une inflation "beaucoup trop forte", la BCE opère sa plus forte hausse des taux depuis plus de 20 ans
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Rattrapée par les records d'inflation, la Banque centrale européenne (BCE) a accéléré le resserrement de sa politique monétaire en décidant d'une hausse de ses taux d'intérêt d'une ampleur inédite. Le Conseil des gouverneurs de l'institut monétaire a décidé de relever les taux directeurs de 75 points de base, une première en deux décennies d'existence - hormis un ajustement technique en 1999.

Servant de référence dans un contexte de liquidités abondantes, le taux sur les dépôts bancaires à la BCE, ramené de -0,5 % à 0 % en juillet, passe ainsi à 0,75 %.

Les deux autres taux directeurs, celui appliqué aux banques sur les opérations de refinancement sur plusieurs semaines et celui visant la facilité de prêt marginal au jour le jour, passent eux respectivement à 1,25 % et 1,50 %. Des hausses de taux doivent favoriser l'épargne et réduire la consommation, pour abaisser la pression sur les prix.

Le spectre de l'inflation

La BCE a par ailleurs déclaré que l'inflation en zone euro restera "beaucoup trop forte" sur une "période prolongée", ayant nettement relevé ses prévisions de hausse des prix pour 2022 et 2023 sur fond de flambée des prix de l'énergie liée à la guerre en Ukraine.

L'institution s'attend désormais à une inflation de 8,1 % en 2022, contre 6,8 % en juin. Pour 2023 et 2024, les gardiens de l'euro prévoient respectivement 5,5 % et 2,3 %, toujours au-dessus de l'objectif de 2 %.

L'énergie en toile de fond

"Nous avons eu différents points de vue autour de la table, une discussion approfondie, mais le résultat de nos discussions a été une décision unanime", a déclaré Me Lagarde lors de la conférence suivant la réunion de politique monétaire. "Pour ceux qui répètent sans cesse que la BCE est à la traîne, je soutiens que nous sommes sur un chemin qui a commencé en décembre."

Elle tempérait toutefois, soulignant que les taux de la Banque centrale européenne sont encore "loin" d'un niveau qui "aidera à ramener l'inflation à 2%". En conséquence, les hausses suivantes, qui "dépendront des données" économiques "doivent être d'une amplitude qui nous rapproche plus rapidement" de cet objectif, a-t-elle ajouté à l'issue d'une réunion du conseil des gouverneurs, assurant que "nous allons continuer à augmenter les taux".

Elle a également abordé la "récession" qui menace la zone euro pour l'année 2023 en cas de "coupure totale" des livraisons de gaz russe. Un "scénario pessimiste" de prévisions élaboré par l'institution monétaire, "incluant une coupure totale des livraisons de gaz russe", anticipe "une récession pour 2023", a-t-elle déclaré. "Nous y sommes presque" après la fermeture du gazoduc Nord Stream, a ajouté Mme Lagarde. La présidente reconnaissait également qu'au niveau de la BCE, des erreurs avaient été commises. "Nous avons fait des erreurs de prévision, comme l'ont fait toutes les institutions internationales et comme l'ont fait la plupart des économistes, parce qu'il est virtuellement impossible d'anticiper et d'inclure les nouveaux modèles comme le Covid, la guerre en Ukraine, le chantage à l'énergie", a déclaré Mme Lagarde, disant en "assumer la responsabilité".