Face à l'inflation persistante, plusieurs banques centrales relèvent leur taux directeur

C'est le cas de la Banque nationale suisse, de la Banque de Norvège et de la Banque centrale d'Indonésie.

La Libre Eco avec AFP
La banque centrale suisse met fin à sept ans de taux directeur négatif.
La banque centrale suisse met fin à sept ans de taux directeur négatif. ©Shutterstock

La banque centrale suisse a annoncé jeudi qu'elle relevait son taux directeur de 75 points de base pour le fixer à 0,5% afin de contrer la pression inflationniste qui s'est accrue en Suisse, mettant ainsi fin à plus de sept annnées de taux négatifs.

La Banque nationale suisse (BNS) n'a pas exclu que de nouveaux relèvements de taux soient nécessaires pour assurer la stabilité des prix à moyen terme.

Bien que nettement inférieure à la zone euro, l'inflation a aussi augmenté en Suisse en raison de la hausse de l'énergie et des produits alimentaires.

Depuis février, elle dépasse l'objectif de la BNS qui fixe le seuil de stabilité des prix à 2% et a encore accéléré en août pour grimper à 3,5%, soit son plus haut niveau depuis 1993.

Pour 2022, la banque centrale suisse table désormais sur une hausse des prix de 3% contre 2,8% dans ses prévisions économiques précédentes, publiées en juin.

Pour 2023, sa prévision d'inflation passe à 2,4% (contre 1,9% précédemment) et à 1,7% pour 2024 à (contre 1,6% auparavant).

La Banque centrale a également abaissé sa prévision de croissance à "quelque 2%", détaille-t-elle, contre 2,5% auparavant, précisant qu'un "ralentissement de l'économie mondiale", une "aggravation de la pénurie de gaz en Europe" et "une pénurie d'électricité en Suisse" constituent les plus gros risques pour l'économie helvétique.

Mardi, le ministère de l'économie a lui aussi fortement réduit sa prévision de croissance, la ramenant à 2% (hors événements sportifs) en raison de la crise énergétique et de l'inflation qui risque de grever la croissance des grands marchés d'exportations dont dépend l'économie helvétique.

Un plus haut depuis 2011 en Norvège

Pour sa part, la Banque de Norvège a pour la troisième fois consécutive relevé son taux directeur de 0,5 point, à 2,25%, son plus haut niveau depuis la fin de 2011, afin de brider l'inflation.

Après cette hausse largement attendue par les économistes, l'institut d'émission précise dans un communiqué qu'il procéderait "très probablement" à un nouveau resserrement de sa politique monétaire à l'issue de sa prochaine réunion en novembre.

"L'inflation est nettement supérieure à notre objectif de 2%, et il est probable qu'(elle) restera élevée plus longtemps que prévu auparavant", a expliqué la gouverneure de la banque centrale, Ida Wolden Bache, dans un communiqué. "Nous augmentons le taux directeur dans le but de faire baisser l'inflation", a-t-elle ajouté.

Comme le reste du monde, la Norvège connaît des poussées inflationnistes, notamment du fait de la flambée des cours de l'énergie.

Son taux d'inflation s'est établi en août à 6,5% sur un an. Hors prix de l'énergie et variations fiscales, l'inflation sous-jacente, indicateur retenu par la Banque de Norvège, est ressorti à 4,7%, soit plus de deux fois plus que l'objectif officiel de la politique monétaire.

Devenu le principal fournisseur de gaz naturel à l'Europe à la place de la Russie dans le sillage de l'invasion de l'Ukraine, le pays scandinave connaît une croissance vigoureuse, tirée notamment par les hydrocarbures.

Pour 2022, le gouvernement norvégien s'attend à une augmentation du Produit intérieur brut (PIB) de 3,6%. Après avoir longtemps gardé son taux directeur à zéro pour amortir les effets économiques de la pandémie de Covid, la banque centrale norvégienne a été l'une des premières dans le monde occidental à relever ses taux, avec une première hausse en septembre 2021. Ses homologues du monde industrialisé, de la Fed américaine à la Banque centrale européenne (BCE) en passant par les banques centrales suédoise et suisse, lui ont emboîté le pas depuis.

Selon la Banque de Norvège, le taux directeur norvégien devait être porté à "autour de 3% au cours de l'hiver", ce qui laisse entrevoir un relèvement --probablement étalé-- de 0,75 point dans les mois à venir.

La Banque d'Indonésie relève son taux directeur pour la deuxième fois en deux mois

En Asie également, la Banque centrale d'Indonésie a relevé jeudi son taux directeur, pour le deuxième mois de suite, pour tenter de juguler l'inflation qui accélère dans la plus grande économie d'Asie du Sud-Est.

La Banque d'Indonésie a relevé son taux d'un quart de point, de 3,75% à 4,25%, alors que la plupart des analystes misaient sur une hausse plus modeste d'un quart de point.

L'institution avait relevé en août son taux directeur -- d'un quart de point -- pour la première fois depuis 2018, afin de lutter contre une hausse des prix à la consommation provoquée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie qui met les prix alimentaires et de l'énergie sous pression dans le monde entier.

La décision au début du mois du gouvernement indonésien de relever de 30% les prix du carburant subventionné devrait encore aggraver en septembre l'inflation qui s'établissait à 4,69% en août sur un an.

Des économistes prédisent que l'inflation qui était jusqu'à présent restée sous contrôle en Indonésie, pourrait atteindre environ 7% à la fin de l'année.

Le relèvement des taux jeudi est une mesure "préventive, franche et dirigée vers l'avenir", pour "abaisser les perspectives d'inflation", a souligné le gouverneur de la Banque d'Indonésie Perry Warjiyo.

Cette hausse du taux directeur vise à ramener l'inflation dans la fourchette prévue entre 2% et 4% d'ici la fin de l'année.

Le pays riche en matières premières a relativement bien résisté aux turbulences économiques mondiales, avec une croissance du produit intérieur brut prévue à 5,2% cette année, après une progression de 3,7% l'an dernier suite à une récession en 2020 (-2,1%) à cause des restrictions liées au Covid-19.

Mais la politique monétaire de l'archipel pourrait être encore resserrée à l'avenir pour lutter contre l'inflation et la pression qu'exerce un dollar fort sur la monnaie nationale, la roupie.

"Si une hausse de taux (jeudi) ne faisait aucun doute, l'ampleur était inattendue", a souligné Gareth Leather, économiste spécialiste de l'Asie pour Capital Economics. "Avec un taux d'inflation qui devrait augmenter fortement en septembre, et rester au delà des prévisions jusqu'à la fin 2023, un resserrement supplémentaire est probable".