La solidité de l'économie américaine encourage la Fed et... pénalise Wall Street

Les principaux indices de la Bourse de New York perdaient encore du terrain à l'ouverture, inquiets d'une nouvelle hausse des taux de la Fed.

La Libre Eco avec Belga
La solidité de l'économie américaine encourage la Fed et... pénalise Wall Street
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La Bourse de New York a ouvert en baisse, indisposée par des chiffres de l'emploi qui témoignent de la résistance de l'économie américaine, de nature à encourager la banque centrale américaine (Fed) à poursuivre son resserrement monétaire brutal. Vers 14H45 GMT, le Dow Jones cédait 1,07 %, l'indice Nasdaq abandonnait 1,87 %, et l'indice élargi S&P 500, 1,38 %. Les trois indices se rapprochaient de leurs plus bas de l'année, établis en fin de semaine dernière.

L'économie américaine a créé 263 000 emplois en septembre, contre 315 000 en août, soit légèrement moins que les 275 000 annoncés par les économistes. Mais le marché a surtout retenu la robustesse de l'économie américaine, qui résiste à la hausse des taux de la Fed et au ralentissement attendu de la demande.

Le taux à 2 ans décolle

"Ces chiffres étaient solides", a estimé Peter Cardillo, de Spartan Capital, qui a relevé le ralentissement de la progression des salaires sur un an. "Cela ne change rien à la trajectoire de la Fed, qui va probablement relever son taux de 0,75 point en novembre."

Pour Peter Boockvar, de Bleakley Financial Group, "si les données sont proches de ce qui était attendu, le marché est obsédé par la baisse du taux de chômage et ce qu'elle signifie pour la Fed". Ce taux est, en effet, ressorti à 3,5%, contre 3,7% attendu et 3,7% également en août.

"La réaction négative du marché souligne que les pressions inflationnistes ne diminuent pas suffisamment vite pour qu'il puisse se convaincre que la Fed est proche d'un pic de taux", a ajouté Quincy Krosby, de LPL Financial.

Immédiatement après la publication, les opérateurs ont d'ailleurs recalibré leurs prévisions d'évolution des taux de la Fed. Ils attribuent désormais une probabilité de plus d'un tiers au scénario d'une fourchette comprise entre 4,75 % et 5,00 % au moins d'ici mars prochain, contre 3,00 % à 3,25 % actuellement.

Dans la foulée du rapport sur l'emploi, le rendement des emprunts d'Etat américains à 2 ans, plus représentatif des anticipations des investisseurs en matière de politique monétaire que le taux à 10 ans, a décollé jusqu'à 4,34%, contre 4,25% la veille, et frôlé le sommet de 15 ans établi fin septembre. Les taux à 10 remontaient également, à 3,88%, contre 3,82% jeudi.

Twitter et Tesla en recul

A la cote, Twitter se repliait légèrement (-1,90 % à 48,45 dollars), au lendemain de la décision d'une juge du Delaware de suspendre son action en justice contre Elon Musk jusqu'au 28 octobre pour laisser le temps aux parties de s'entendre éventuellement sur le rachat de la plateforme par l'entrepreneur. Avant cette décision, le groupe à l'oiseau bleu avait refusé de renoncer à son contentieux, comme le lui demandait le patron de Tesla, qui assurait vouloir de nouveau acquérir le réseau social. Tesla se repliait plus franchement (-2,94 % à 231,12 dollars), les investisseurs vivant mal les multiples rebondissements de la saga Twitter et l'incertitude qu'il fait peser sur Elon Musk.

L'icône du jean Levi Strauss perdait plusieurs tailles vendredi (-5,15 % à 15,11 dollars) après avoir revu, jeudi, son objectif de bénéfice et de chiffre d'affaires à la baisse pour l'ensemble de son exercice 2022. Le groupe a justifié cet avertissement par des effets de change défavorables et des prévisions "plus prudentes" sur ses marchés européens et américain.

Autre avertissement, celui du fabricant de semi-conducteurs AMD (-7,25 % à 62,93 dollars), qui s'attend à un chiffre d'affaires bien moindre qu'attendu au troisième trimestre, plombé par l'affaiblissement de la demande d'ordinateurs PC, doublé d'un déstockage "significatif" qui réduit les volumes commandés à l'entreprise de Santa Clara (Californie).

AMD emmenait ses concurrents dans sa chute, d'Intel (-4,19 %) à Nvidia (-4,29 %). Au-delà, l'idée d'un maintien du cap de la Fed pénalisait tout le secteur technologique, dont les navires amiraux Apple (-2,28 %), Microsoft (-3,15 %) ou Alphabet (-1,51 %). La perspective d'un renchérissement du coût de l'argent affecte directement le monde de la tech, dont les entreprises ont d'importants besoins de fonds pour financer leur croissance.