N’attendez pas la "capitulation des marchés" pour acheter des actions, investissez !

Une chronique de Ken Fisher, fondateur de Fisher Investments.

Contribution externe
Traders work on the floor at the New York Stock Exchange as the Federal Reserve chairman Jerome Powell speaks after announcing a rate increase in New York, Wednesday, Nov. 2, 2022. (AP Photo/Seth Wenig)
©Copyright 2022 The Associated Press. All rights reserved.

Il est trop tôt pour acheter ! C’est ce qu’affirment les plus pessimistes, convaincus que les marchés vont continuer de chuter suite au repli de septembre qui a entraîné les actions de la zone euro vers de nouveaux points bas dans le contexte du marché baissier actuel. Selon eux, nous n’avons pas encore atteint la “capitulation” des marchés, c’est-à-dire le moment où les investisseurs, pris de panique, vendent leurs actions à tout prix, ce qui marque généralement la fin d’un marché baissier. Toutefois, deux éléments rendent improbable une telle situation cette fois. Voici pourquoi.

La capitulation suppose que les craintes des investisseurs ne sont pas à leur apogée. Les défenseurs de cette idée affirment, à juste titre, que les marchés baissiers atteignent leurs points bas dans un environnement où les investisseurs délaissent les actions pour se réfugier sur des valeurs refuges comme les obligations, l’or et le liquide. Les sorties de fonds actions augmentent tandis que tout espoir de reprise des marchés disparaît. C’est la capitulation !

Les marchés baissiers se terminent généralement ainsi, mais ce n’est pas toujours le cas. Cela ne devrait pas être le cas aujourd’hui pour deux raisons : la première est que, pour de nombreux investisseurs à travers le monde, le repli observé cette année ne constitue pas un marché baissier. La seconde est que les valeurs refuges habituelles ne semblent pas aussi sûres que cela.

Les actions américaines en USD ont chuté au plus bas à -24,4 %, il s’agit là d’un marché baissier mineur. Celles de la zone euro ont atteint un creux similaire, à -24,8 % en EUR. Les différences entre les secteurs signifient que le Japon, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie ne traversent pas actuellement de marché baissier. Sans chute drastique des cours, pourquoi les investisseurs devraient-ils agir de façon radicale ?

Les commentateurs estiment que les sorties relativement faibles des fonds actions depuis le mois d’avril (lorsque les investisseurs ont retiré environ 65 milliards d’euros) sont la preuve que des ventes paniques sont imminentes.

Mais prenons les valeurs refuges habituelles, comme les obligations. Leurs sorties ont éclipsé celles des actions jusqu’à présent, sans surprise : depuis le sommet atteint par les actions mondiales en janvier, l’indice Bloomberg Global Aggregate Bond, qui reflète l’évolution du marché de la dette des gouvernements et des entreprises, a enregistré une baisse de 9,2 %, finalement pas si éloignée de celle des actions qui ont baissé de 12,9 %. Qu’en est-il des obligations à long terme ? Sur la même période, les OLO à 10 ans ont reculé de 19,2 % et les Bunds de 17,6 %. Beaucoup pensent que les taux vont continuer à monter – aggravant encore les pertes sur le marché obligataire. Alors pourquoi délaisser les actions pour les obligations ?

L’inflation érode aussi la valeur des intérêts perçus sur les obligations. Il en est de même pour le cash. L’inflation de la zone euro et en Belgique s’établit respectivement à 10,0 % et 11,3 %, ce qui érode la valeur du liquide. En outre, les banques n’ont pas besoin d’augmenter les taux pour attirer de nouveaux dépôts puisqu’elles croulent déjà sous les liquidités. Par conséquent, même les comptes épargne américains dits “à hauts rendements” rapportent moins de 3 % après l’inflation. Pourquoi vendre des actions pour figer une perte ?

Après avoir brillé début mars, le cours de l’or, censé fournir une couverture contre l’inflation, a enregistré une baisse de 11,7 % – bien supérieure celle des actions de 2,9 %.

Qu’en est-il des cryptomonnaies ? Le Bitcoin a dégringolé de 72,5 % en USD entre son sommet de novembre 2021 et son point bas du 21 septembre, faisant mentir sa réputation de valeur refuge numérique.

Avec des prix et des taux d’emprunt en hausse, l’immobilier offre peu de sécurité et peu de liquidités – ce qui rend cet investissement plus risqué encore.

Par conséquent, la capitulation, au sens où on l’entend généralement, n’est pas pour aujourd’hui. Rappelez-vous : le marché actions cherche à tromper le plus d’investisseurs, pour le plus d’argent et aussi longtemps que possible. C’est pour cela que j’aime à l’appeler le “Grand Humiliateur”. Amorcer un nouveau cycle haussier au moment où tous s’attendent à voir les marchés capituler, voici exactement le genre de tour qu’il jouerait aux investisseurs. C’est dans un moment, comme aujourd’hui, où règnent le pessimisme et la peur qu’il convient de faire preuve d’optimisme et d’ambition.