Les bonnes nouvelles sur le marché de l'emploi font... reculer la Bourse de New York

Les créations d'emplois plus hautes qu'attendues réduisent les espoirs d'un resserrement monétaire moins sévère de la Fed.

FILE - Traders work on the floor at the New York Stock Exchange as the Federal Reserve chairman Jerome Powell speaks after announcing a rate increase in New York on Nov. 2, 2022. The Federal Reserve is close to closing its most aggressive year of interest rate increases in at least three decades and Wall Street expects markets and the economy to feel the impact through 2023. (AP Photo/Seth Wenig, File)
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La Bourse de New York a ouvert en baisse vendredi, surprise par des chiffres de créations d'emplois aux États-Unis bien meilleurs qu'attendu, qui tempèrent les espoirs d'une décélération du resserrement monétaire en cours.

Vers 14H55 GMT, le Dow Jones lâchait 0,83%, l'indice Nasdaq reculait de 1,53% et l'indice élargi S&P 500 cédait 1,13%.

De plus en plus d'emplois aux USA, une bonne nouvelle ?

L'économie américaine a créé 263.000 emplois en net en novembre, soit bien plus que les 200.000 attendus par les économistes. Loin de se réjouir d'une activité encore très vigoureuse aux Etats-Unis malgré des signes de ralentissement, Wall Street a eu un mouvement de recul et a précipité les indices dans le rouge.

"On est dans un contexte contre-intuitif", a explique Art Hogan, de B. Riley Wealth Management, à savoir que "si vous voulez que la Fed (banque centrale américaine) ralentisse (ses hausses de taux), il vous faut un minimum de mauvaises nouvelles."

Cette publication a fait bondir les taux obligataires. Le rendement des emprunts d'État américains à 10 ans, descendu quelques minutes plus tôt à son plus bas niveau depuis près de deux mois et demi (3,48%), s'est envolé, jusqu'à 3,63%.

"Hausse surprise"

Pour Peter Boockvar, de Bleakley Financial Group, "l'accès de panique des marchés, que ce soit les obligations ou les actions, vient de la hausse surprise" du salaire moyen, qui a atteint 0,6% sur un mois, soit le double de ce qui était anticipé. "Malgré la détermination de la Fed à juguler l'inflation, ce sont toujours les travailleurs qui ont la main (sur le marché de l'emploi) pour ce qui est des salaires", a comment Quincy Krosby, de LPL Financial.

Les opérateurs ont immédiatement recalibré leurs attentes en matière de trajectoires et voient désormais comme scénario central deux relèvements successifs d'un demi-point chacun du principal taux directeur lors des prochaines réunions de la Fed, mi-décembre et début février.

Ils porteraient le taux à 5%, une première depuis plus de 16 ans.

Pour Art Hogan, le marché pourrait avoir surréagi au rapport sur l'emploi, car "si le but de la Réserve fédérale est de parvenir à faire atterrir l'économie en douceur, c'est exactement le genre de données que vous voulez voir, avec une inflation qui se calme et un marché de l'emploi qui ne décroche pas". "Ce rapport ramène sur terre les marchés, qui s'étaient emballés à l'idée d'un 'pivot' de la Fed", a estimé Cliff Hodge, de Cornerstone Wealth.

La tech accuse le coup

Logiquement, le secteur de la tech accusait particulièrement le coup, car très dépendant des conditions de crédit pour financer sa croissance.

Alphabet (-1,27%), Meta (-0,46%), mais aussi le fabricant de cartes graphiques et semi-conducteurs Nvidia (-3,30%), étaient sanctionnés.

Malgré la livraison en fanfare, jeudi, de son premier camion électrique, sur le site de l'un des usines du constructeur, à Sparks (Nevada), Tesla était aussi à la peine (-0,72% à 193,30 dollars).

Son concurrent Nikola, qui avait été le premier, fin 2021, à livrer des camions électriques, s'en sortait mieux (+2,31% à 2,66 dollars).

Mais le coup de torchon dépassait largement la tech et quasi toutes les valeurs du Dow Jones s'inscrivaient en baisse.

Coca-Cola (+0,07%) et le groupe de pétrochimie Dow (+0,13%), considérés comme des valeurs défensives, c'est-à-dire théoriquement moins sensibles à la conjoncture, faisaient partie des quelques sociétés à surnager.