La ministre De Sutter réagit au départ du CEO de bpost : "Diriger une entreprise publique, c'est donner l’exemple. Or ici, ce n'était pas le cas"

Un communiqué de bpost est venu confirmer l'information dévoilée par Business AM plus tôt dans la journée : le patron de l'entreprise Dirk Tirez et bpost se séparent.

V.S. (avec Belga)
Bpost CEO Dirk Tirez is seen at the distribution center of Belgian postal service bpost, Wednesday 05 October 2022 in ANTWERP. Bpost invested in the use of a new parcel sorting machine in Antwerpen X. To be ready for the busy period during the end of the year festivities, Bpost expands the capacity to sort parcels using this new machine. The new installation doubles the capacity of Bpost and in the next year, the company starts fase 2 of the investment. BELGA PHOTO JONAS ROOSENS
Dirk Tirez n'est désormais plus le patron de bpost.

La cotation de l’entreprise postale bpost à la Bourse de Bruxelles a été suspendue vendredi à 12h30, a indiqué la FSMA, l’autorité des marchés financiers. Le site d’informations financières Business AM rapportait à la mi-journée que bpost pourrait se séparer de son CEO, Dirk Tirez.

Peu après 16 heures, la nouvelle a été confirmée par l'entreprise elle-même. "Le Conseil d’Administration de l’entreprise et M. Dirk Tirez ont décidé d’un commun accord de mettre un terme à leur collaboration. M. Tirez contribuera à l’enquête en cours. De plus, la collaboration avec 2 autres personnes au sein de bpostgroup a également pris fin", informe-t-elle.

Un examen toujours en cours

On le sait, l’opérateur postal traverse, une nouvelle fois, une passe difficile. Fin novembre, l’Auditorat de l’Autorité belge de la Concurrence (ABC) avait procédé à des perquisitions dans le secteur de la distribution de la presse écrite, plus précisément au sein du groupe flamand DPG Media. L’Autorité de la Concurrence les soupçonne d’avoir pu conclure des accords ou engager des pratiques concertées concernant l’appel d’offres relatif à la concession de services pour la livraison de journaux et de magazines reconnus en Belgique pour la période 2023-2027.

Cette perquisition constituait une étape préliminaire dans la poursuite de pratiques anticoncurrentielles et ne préjuge en rien de l’issue de l’enquête en cours, avait alors souligné l’ABC.

Auparavant, bpost avait annoncé avoir réalisé un “examen de conformité” concernant sa concession pour la distribution des journaux, examen qui aurait révélé de possibles malversations autour de ce contrat, sous la forme de collusion entre bpost et des éditeurs. Ces révélations avaient poussé le CEO Dirk Tirez à faire un pas de côté, le temps d’un audit qui doit éclaircir toute l’affaire. Si cet examen "est toujours en cours", bpost explique que "les éléments en sa possession" lui ont déjà permis de "prendre un certain nombre de décisions", dont la fin de sa collaboration avec Dirk Tirez, donc. "L'examen a révélé un non-respect des politiques de la société, ainsi que des indications de non-conformité aux lois applicables. L'examen a été élargi à la concession actuelle pour la distribution de journaux et de périodiques en Belgique, car a il a également révélé des éléments pouvant indiquer des violations potentielles des politiques de la société et des lois applicables. L’entreprise continue à collaborer activement avec les autorités compétentes", détaille-t-elle.

L'entreprise devra donc se trouver un nouveau capitaine pour mener la barque. D'ici là, "le Conseil d'Administration confirme son soutien total à toutes les équipes de bpostgroup. Philippe Dartienne, CEO ad interim, soutenu par les dirigeants des trois CEO responsables des opérations bpost Belgium, E-Logistics Eurasia et E-Logistics North America, se concentrent sur une exécution sans faille du pic de fin d'année", conclut le communiqué.

La ministre De Sutter parle d'un "nouveau coup dur"

De son côté, la ministre des Entreprises publiques Petra De Sutter regrette de voir "une fois de plus" le patron de l'entreprise postale changer. "Les problèmes au sommet de l’entreprise représentent un nouveau coup dur pour les facteurs et leurs collègues qui voient une nouvelle fois leur CEO quitter l’entreprise. Et cela, avant les semaines les plus chargées de l'année", commentait-elle dans un communiqué.

Vice-prime minister and minister of Civil Services and State-owned companies Petra De Sutter pictured during a plenary session of the Chamber at the Federal Parliament in Brussels on Thursday 20 October 2022. BELGA PHOTO JAMES ARTHUR GEKIERE
"Je suis résolument du côté des administrateurs qui veulent faire la clarté, et qui veulent aller jusqu'au bout pour mettre à jour toute forme de comportement inadmissible", a réagi la ministre Petra De Sutter.

Elle ne cachait pas son incompréhension, pointant "des pratiques inadmissibles" survenues au sein de l’entreprise bpost sous la direction de Dirk Tirez. “Diriger bpost, c’est diriger une entreprise publique. Il faut donc donner l’exemple. Sur base de l’analyse du conseil d'administration, je conclus que ce n'était pas le cas, et qu’il n'y a donc plus d'avenir pour lui chez bpost", continue le communiqué. "Dirk Tirez n'était pas seulement à la tête d'une entreprise qui compte 27.000 collaborateurs en Belgique, il avait également une tâche importante : bpost doit trouver des réponses à une réalité complexe. Nous achetons de plus en plus de colis en ligne, dans une société qui se doit de devenir plus respectueuse de l’environnement, et dans laquelle tout le monde doit pouvoir suivre le rythme du numérique."

Une chose est sûre : la sélection du prochain CEO sera aussi attendue que scrutée. "Je compte sur le conseil d'administration et le comité de direction pour qu’ils gardent à l'esprit l'intérêt général et la continuité de l'entreprise et pour qu’ils agissent en dialogue avec les autorités compétentes. Je suis résolument du côté des administrateurs qui veulent faire la clarté, et qui veulent aller jusqu'au bout pour mettre à jour toute forme de comportement inadmissible, ainsi qu’avancer dans les enquêtes interne et externe qui sont en cours", concluait Petra De Sutter.