Une semaine après l'introduction en Bourse avortée de sa branche asiatique, le numéro un mondial de la bière, AB InBev, a annoncé vendredi la vente de ses activités en Australie, un "plan B" pour réduire son endettement, sous la pression des marchés.

Le géant belgo-brésilien, qui détient 500 marques de bière dans le monde, dont Budweiser, Stella Artois et Corona, doit faire face à une dette conséquente de 102,5 milliards de dollars depuis qu'il a finalisé en 2016 le rachat de son principal concurrent, le Britannique SABMiller.

Cette acquisition, conclue pour un montant de 103 milliards de dollars, a placé le groupe sous pression: son titre a perdu 11% ces 12 derniers mois et l'agence de notation Standard and Poor's a menacé en mars de dégrader la note de sa dette.

Afin de réduire son endettement, AB InBev avait d'abord pensé introduire sa branche Asie-Pacifique, Budweiser APAC, à la Bourse de Hong Kong, dans l'optique de lever 9 à 11 milliards de dollars.

Ces fonds auraient aussi permis au groupe, qui cherche à élargir sa présence en Asie pour compenser des difficultés dans d'autres régions, de créer un "champion local".

Mais l'opération, qui aurait été l'une des plus importantes dans le monde cette année, est tombée à l'eau en raison, selon AB InBev, de "conditions de marché" défavorables.

"Hors de prix"

"Il y avait un manque d'intérêt des investisseurs", explique à l'AFP Marc Ernaelsteen, analyste senior à la société belge de gestion de fortune Puilaetco Dewaay. "La valorisation était hors de prix", estime-t-il.

La société basée à Louvain, dans le Brabant flamand, a donc activé son "plan B" en annonçant vendredi la cession de sa filiale australienne Carlton & United Breweries (CUB) au groupe japonais Asahi Holdings, pour 11,3 milliards de dollars.

Dans le cadre de l'accord, Asahi obtiendra aussi les droits de commercialisation en Australie pour les marques mondiales d'AB InBev, qui ne font pas partie de cette filiale, précise le belgo-brésilien dans son communiqué.

Les recettes de cette opération, plutôt bien valorisée et qui devrait être conclue "d'ici le premier trimestre de 2020", seront consacrées à la réduction de la dette.

Malgré cette vente, le groupe continue aussi d'envisager une introduction en Bourse à Hong Kong, "en excluant l'Australie" et "à condition que cela puisse être réalisé à la bonne valorisation".

"Nous continuons à voir un grand potentiel pour notre entreprise dans la région Asie Pacifique", a souligné Carlos Brito, le PDG du groupe, cité dans un communiqué.

Titre en hausse

"Certaines zones de la région présentent sans aucun doute un potentiel pour AB InBev", explique à l'AFP Anna Ward, experte du secteur chez Euromonitor International.

"Le plus grand marché mondial de la bière, la Chine, est au coeur des efforts de croissance de l'entreprise, compte tenu notamment des conditions de plus en plus difficiles qui règnent sur ses principaux marchés, à savoir les États-Unis et le Brésil", ajoute-t-elle.

Cette cession pourrait en appeler d'autres, selon le Wall Street Journal, qui évoque de possible ventes à l'avenir en Corée du Sud et en Amérique centrale notamment.

"Nous n'avons pas de commentaire à ce niveau-là", a réagi une porte-parole d'AB InBev, sollicitée par l'AFP.

A la Bourse de Bruxelles, le titre d'AB InBev gagnait 5,40% vers 14H30 (12H30 GMT), à 83,50 euros.

Le plus grand brasseur au monde a vu son bénéfice chuter de 14,7% à 6,8 milliards de dollars l'an passé, mais table toujours sur une forte croissance pour 2019.

Le groupe Asahi avait déjà annoncé fin 2016 le rachat de plusieurs actifs d'AB InBev en Europe, dont la populaire marque Pilsner Urquell, pour 7,3 milliards d'euros (8,2 milliards de dollars).

Le Japonais avait aussi racheté en avril 2016 à SABMiller les marques Peroni, Grolsch et Meantime, ce qui avait facilité la validation de la fusion par les autorités de la concurrence.