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Le cours de la compagnie aérienne indienne Jet Airways a plongé jeudi de plus de 30%, au lendemain de l'annonce d'une suspension de tous les vols du transporteur endetté et à l'avenir très nuageux.

À la clôture des échanges à la bourse de Bombay à 16H00 locales (10H30 GMT), l'action de Jet avait décroché de 32,23% à 163,90 roupies, soit près d'un quart de sa valeur il y a un an.

Endettée de plus d'un milliard de dollars, la compagnie a annoncé mercredi soir la suspension immédiate de ses opérations en raison d'un manque de fonds, après avoir échoué à obtenir de ses créanciers le déblocage d'une tranche vitale de financement provisoire.

Ces dernières semaines, sa flotte était passée d'environ 120 avions à seulement une poignée en raison du non-paiement d'échéances de crédit-bail. Le personnel menaçait de se mettre en grève pour réclamer des arriérés de salaire.

L'entreprise au logo jaune et bleu est passée le mois dernier sous le contrôle d'un consortium de prêteurs emmené par la State Bank of India (SBI), qui a ouvert une procédure de rachat.

"Les créanciers ont un espoir raisonnable que le processus de reprise soit susceptible de réussir à déterminer la valeur juste de l'entreprise de manière transparente", ont-ils déclaré dans un communiqué.

Le consortium a effectué une première sélection de quatre offres de reprise, parmi lesquelles figure Ethiad Airways, qui détient déjà une part minoritaire du capital de Jet. Les sélectionnés ont jusqu'au 10 mai pour présenter leur offre finale.

Un éventuel retour de Jet dans les airs est conditionné au débouché du processus d'appels d'offres.

Inquiets pour leur emploi, plusieurs centaines des 20.000 employés se sont rassemblés jeudi devant le siège de Jet à Bombay, chantant "Nous voulons la justice" ou "S'il-vous-plaît, sauvez Jet Airways".

"Que fait la direction et pourquoi le gouvernement ne fait-il rien pour sauver nos emplois ?", s'est insurgé Sarvesh, un employé du personnel au sol qui n'a pas souhaité donner son patronyme.

"Nombre d'entre nous ont travaillé pour Jet pendant plus de vingt ans. Nos familles vont souffrir", a-t-il ajouté.

Jet Airways est emblématique pour avoir été l'une des premières compagnies aériennes privées du géant d'Asie du Sud. Elle a pris son envol peu après la libéralisation de l'économie indienne au début des années 1990.

Elle a cependant cédé du terrain ces dernières années à de nouvelles compagnies low-cost dont IndiGo, aujourd'hui leader du marché. L'acquisition coûteuse d'Air Sahara en 2006 et une mauvaise gestion ont contribué à son décrochage.

Le nombre de passagers aériens en Inde a été multiplié par six au cours de la dernière décennie, la classe moyenne profitant de meilleures connexions et de vols moins chers. Une croissance qui devrait faire du secteur aérien du pays le troisième plus vaste au monde d'ici 2025.

Les transporteurs nationaux ont toutefois du mal à atteindre la rentabilité malgré l'envolée de la demande. La fluctuation des prix du pétrole, une roupie faible et une féroce guerre des prix sur le marché aérien indien les mettent sous pression constante.

Le sort de Jet suscite des comparaisons avec la compagnie indienne Kingfisher Airlines. Celle-ci avait cessé ses opérations en 2012 avant de se déclarer par la suite en faillite, causant la destruction de milliers d'emplois et d'importantes pertes à ses créanciers.