La maison-mère de Greensill Capital, société financière dont la faillite le mois dernier secoue de nombreuses entreprises dans le monde, a été placée en liquidation, réduisant les espoirs pour les créanciers de récupérer leurs fonds.

Au Royaume-Uni les retombées politique de cette affaire continuent. La Banque d'Angleterre a détaillé jeudi le lobbying intensif dont elle a fait l'objet de la part de Greensill, son patron et l'ancien Premier ministre David Cameron, conseiller de la société financière, pour obtenir des aides gouvernementales mises en place au début de la pandémie.

Lors d'une réunion jeudi des administrateurs de la faillite avec 41 créanciers, dont Softbank, Credit Suisse et l'Association des banques allemandes, "les créanciers ont décidé de placer l'entreprise en liquidation", a annoncé Grant Thornton, le cabinet de conseil en charge de gérer le dépôt de bilan.

La maison-mère, située en Australie, était chargée du support administratif et de sourcer des fonds pour le reste des 40 sociétés du groupe, dont Greensill Capital au Royaume-Uni où le gros de ses activités opérationnelles sont situées, et Greensill Bank AG en Allemagne.

"Les liquidateurs vont continuer à identifier des actifs (...) et gérer les développements en relation avec la gestion (séparée) des dépôts de bilan de Greensill UK et de Greensill Bank AG", souligne le communiqué de Grant Thornton sans plus de précisions.

L'association des banques allemandes réclame notamment 2 milliards d'euros et Softbank avait injecté plus d'1 milliard de dollars dans Greensill. La société financière était spécialisée dans les prêts à court terme aux entreprises pour qu'elles paient leurs fournisseurs.

Dans un schéma qui peut rappeler les montages hasardeux de la crise financière de 2008, Greensill se finançait en transformant les dettes que lui devaient ces entreprises en produits financiers qu'elle vendait à de grands investisseurs.

Structure opaque

Son dépôt de bilan a été déclenché début mars par un assureur qui a refusé de renouveler sa couvertures de transactions, sa structure et ses transactions opaques générant de plus en plus de soupçons de fraudes et de doutes sur la valorisation de ses actifs.

Cette faillite retentissante s'est traduite par de lourdes pertes chez Credit Suisse notamment qui avait suspendu début mars le négoce et les souscriptions pour quatre fonds liés à Greensill, évoquant des "incertitudes considérables" quant à leur exacte valorisation. Elle menace aussi l'empire du magnat de l'acier anglo-indien Sanjeev Gupta, qui était l'un de ses principaux clients et emploie des dizaines de milliers de personnes en Australie, en France et au Royaume-Uni.

Le ministre britannique des Entreprises Kwasi Kwarteng a notamment admis qu'il y avait un risque de fermetures d'usines Liberty Steel, qui regroupe les activités d'acier de GFG Alliance, la holding de Sanjeev Gupta. Interrogés par l'AFP jeudi, des représentants syndicaux d'Ascoval, un site de Liberty, et de Liberty Aluminium Dunkerque, dans le nord de la France ne se disaient pas inquiets dans l'immédiat.

Effet domino

"Si le groupe GFG ne trouve pas de financement et n'apporte pas les fonds qu'ils doivent apporter à notre entreprise, fatalement ça fera un effet domino", a toutefois nuancé Nicolas Lethellier, délégué CGT d'Ascoval de Saint-Saulve.

L'affaire a également des ramifications politiques au Royaume-Uni où l'ancien Premier ministre David Cameron est vertement critiqué pour ses activités de lobbying auprès du gouvernement britannique pour le compte de Greensill, dont il était conseiller.

Il a notamment appelé directement le ministre des Finances, Rishi Sunak, pour obtenir un prêt d'urgence gouvernemental dans le cadre d'un programme d'aides économiques face à la pandémie de coronavirus. Dans l'un des textos échangés entre les deux hommes, M. Sunak dit avoir "poussé son équipe" à étudier la requête de M. Cameron - finalement rejetée par le Trésor.

La Banque d'Angleterre a quant à elle détaillé jeudi les nombreuses tentatives de Greensill, son patron Lex Greensill et David Cameron pour faire modifier ce programme de soutien et bénéficier d'un crédit du gouvernement, en vain.

Une enquête indépendante a été lancée et ravive le débat sur le copinage dans les hautes sphères politico-financières, l'industriel James Dyson ayant notamment demandé un rabais fiscal pour ses employés en envoyant un texto au Premier ministre Boris Johnson, d'après des échanges révélés par la BBC.