Le ministre allemand des finances a annoncé mardi une profonde refonte du gendarme financier allemand, la Bafin, en privilégiant notamment le rôle "précieux" des lanceurs d'alerte pour éviter la répétition du scandale sans précédent autour de la fintech Wirecard.

"Je veux une supervision qui ait du mordant", a déclaré le ministre des Finances Olaf Scholz, devant la presse.

Une réforme en sept points

L'affaire Wirecard a porté sur un trou de près de 2 milliards d'euros découvert dans les comptes de l'ex-star du principal indice boursier allemand Dax. Une catastrophe sans précédent dans l'histoire de l'Allemagne d'après-guerre que la Bafin n'a pas vu venir.

Une réforme en sept points vise à ce que cette autorité puisse à l'avenir "agir de manière plus préventive" et être "en mesure d'enquêter plus rapidement et plus efficacement sur les cas suspects dans le cadre du contrôle des bilans" d'entreprises, selon un communiqué.

En particulier, le superviseur doit "enregistrer et évaluer systématiquement les informations des lanceurs d'alerte", qui sont "particulièrement utiles" pour le travail de Bafin, a indiqué M.Scholz.

Le contact sera aussi plus systématique avec les "investisseurs proactifs" et les représentants de petits porteurs, comme avec les journalistes.

Les filiales opaques dans le viseur

Il s'agit aussi d'avoir une supervision qui place le focus sur les entreprises à structure complexe : Wirecard était ainsi un petit empire mondial constitué d'un écheveau de filiales agissant comme un écran de fumée face à une Bafin désarmée.

L'autorité pourra aussi mener des enquêtes approfondies à son initiative, le cas échéant avec les autorités judiciaires. Son ou sa future présidente aura plus de pouvoir pour accélérer les mesures de supervision.

La réforme va conduire à recruter entre 100 et 120 nouveaux collaborateurs, notamment des experts comptables, au sein d'une autorité en comptant déjà 2 700.

L'affaire Wirecard a conduit vendredi à l'annonce du départ du patron de la Bafin, Felix Hufeld, et de la vice-présidente Elisabeth Roegele, en charge de la supervision des titres sur les marchés, pour leur inaction à prévenir le scandale.

Leurs remplaçants, qui pourraient aussi venir de l'étranger, seront annoncés ultérieurement.