Les Bourses de Paris, Francfort et Londres continuaient à broyer du rouge mardi, face à l'avancée inexorable du coronavirus, imperméables à l'éclaircie à Wall Street, ou à celle de l'Asie dans la matinée.

La journée avait bien commencé pour les marchés européens, dans le sillage notamment du rebond de 6% de Sydney, après une déroute historique ou de la stabilisation de Tokyo rompant avec quatre séances de chute.

En Europe, le vert était au rendez-vous dans les premiers échanges, mais la tendance s'est rapidement inversée, dans une importante volatilité. L'euro faisait l'objet de prises de bénéfices face au dollar, perdant 1,50% à 1,1002 dollar. Le baril de pétrole brut (Brent) repassait sous la barre des 30 dollars, abandonnant 1,4% à 29,43 dollars. 

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La perspective d'une ouverture légèrement positive à Wall Street ne suffisait pas pour changer la donne sur les trois principaux marchés européens.

  • Vers 14h45, pour l'indice vedette Dow Jones et le Nasdaq, à forte coloration technologique, les hausses respectives allaient de 0,48% et 1%.
  • A la même heure Paris perdait 1,25%, Francfort 0,56% et Londres 0,41%. A Bruxelles, le Bel 20 reculait de 3,23%.
  • La situation s'améliorait par contre pour Milan en légère hausse de 0,48% après un bref passage dans le vert et Madrid en hausse de 1,78%.

"Les marchés européens ont connu un démarrage vigoureux, mais cet optimisme n'a pas duré longtemps", observe David Madden, un analyste de CMC Markets.

Selon lui, "quand les marchés n'arrivent pas à soutenir un rebond longtemps, c'est généralement un signe de faiblesse".

"Les dirigeants européens sont engagés dans une conférence pour discuter de la façon de lutter contre la crise. Au vu des approches si différentes de chaque gouvernement, cela devrait traîner en longueur", ajoute-t-il.

Les 27 dirigeants de l'Union européenne se retrouvent mardi en sommet extraordinaire par visioconférence alors que la situation reste éminemment critique avec une progression inexorable du coronavirus et va de pair avec des confinements massifs aux répercussions conséquentes sur l'économie.

La France, après l'Espagne et l'Italie, entre ainsi mardi en confinement général, et l'Europe ferme ses frontières pour freiner la propagation du coronavirus, qualifiée par l'Organisation mondiale de la santé de "crise sanitaire mondiale majeure de notre époque".

La pandémie a fait plus de 7.000 morts dans le monde, et en Europe le nombre de malades a explosé ces derniers jours.

"Survivre au blocage"

Les investisseurs espèrent "que les gouvernements vont alimenter les particuliers et les entreprises avec suffisamment de liquidités pour survivre aux mois de blocage induit par le coronavirus", analyse Jasper Lawler, un analyste de London Capital Group.

Les investisseurs s'étaient rassurés momentanément avec la perspective d'une réponse budgétaire aux désastres économiques engendrés par le coronavirus.

Mais rien n'est assuré à ce stade, d'autant que comme le souligne Michael Hewson, un analyste de CMC Markets, "après des années de promesses non suivies d'effets, la confiance des investisseurs dans la capacité du G7 à être suffisamment uni pour déployer un bazooka fiscal cohérent est limitée".

Les dirigeants des pays du G7 se sont en effet dit lundi "déterminés" à faire "tout ce qui est nécessaire" pour restaurer la croissance mondiale, qui vacille en raison de la pandémie.

Dans un communiqué commun, ils soulignent leur volonté de mobiliser "tous les instruments de politique économique" à leur disposition, que ce soit des mesures budgétaires et monétaires ou des actions ciblées.

En France, l'Autorité des marchés financiers (AMF) a également apporté une protection à la cote en interdisant mardi la vente à découvert, par laquelle les investisseurs spéculent à la baisse, pour 92 titres à la Bourse de Paris, notamment sur les géants de la banque et de l'assurance, après des décisions similaires en Italie et Espagne. Et... en Belgique. 

A l'heure où certains évoquent l'hypothèse d'une fermeture pure et simple des marchés, qui est loin de faire l'unanimité parmi les acteurs de marchés, les autorités semblent ainsi pour le moment privilégier la régulation.

Les banques centrales ont aussi mis leur poids dans la balance, mais les marchés y sont restés insensibles, même après que la Banque centrale américaine (Fed) a annoncé lundi une opération sur le marché monétaire à hauteur de 500 milliards de dollars, au lendemain d'une baisse brutale de son taux à 0%-0,25% et d'une injection de liquidités de 700 milliards de dollars.

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"Les banques centrales ont fait de leur mieux, souligne M. Hewson, mais en l'absence de mesures fiscales de la part des gouvernements partout dans le monde, il est difficile de voir où les marchés pourraient trouver un appui à moyen terme".