La chute de la monnaie britannique est aussi néfaste pour le pouvoir d'achat des ménages qu'appréciée des multinationales et touristes étrangers. Focus sur les avantages et inconvénients.

Tombée mardi à des niveaux plus vus depuis 2017 face à l'euro et au dollar, la devise britannique est mise à rude épreuve avec la perspective renforcée d'un Brexit sans accord, en particulier avec l'arrivée au pouvoir de Boris Johnson.

Tour d'horizon des implications d'une livre plus faible pour le Royaume-Uni.

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Aubaine pour les touristes

Selon des chiffres du spécialiste des paiements Planet, les clients américains dépensent davantage auprès des commerçants britanniques lorsque la livre diminue face au dollar: par exemple en janvier 2017, les Américains ont dépensé 77% de plus que l'année précédente, alors que le dollar avait gagné 17% sur la livre en un an.

Aux abords de la cathédrale Saint-Paul dans le centre de Londres, certains touristes se réjouissaient mardi, malgré le temps pluvieux, de la chute récente de la devise.

"C'est un peu inattendu. Nous payons par carte et voyons que l'écart n'est pas grand comparé à des euros", confie à l'AFP Daniela Passarini, touriste italienne.

"Je ne sais pas ce que Boris a dit aujourd'hui, mais probablement quelque chose qui a fait baisser la livre", lance Antol Visser, visiteur néerlandais.

Compétitivité des produits

Lorsque la valeur d'une monnaie diminue, les produits libellés dans cette devise voient leurs prix diminuer d'autant pour les acheteurs munis d'autres monnaies. La chute de la livre bénéficie donc aux exportateurs britanniques, dont les produits coûtent moins cher par delà les frontières.

De plus, l'affaiblissement de la livre gonfle les revenus des exportateurs britanniques: le fruit d'une vente dans une devise étrangère rapporte plus au vendeur lorsqu'il le convertit en livres sterling. Répercussion directe: les cours de Bourse des multinationales britanniques ont tendance à grimper dès que la livre décroche.

Poussée de l'inflation

A l'inverse, la livre faible renchérit le coût des produits importés sur le sol britannique. Pétrole, matières premières et produits frais comme les fruits et légumes deviennent plus onéreux, alors qu'environ un tiers de la nourriture consommée au Royaume-Uni vient du continent européen.

Cette hausse des prix, si elle prend de l'ampleur, risque de grignoter le pouvoir d'achats des ménages. Après le vote des Britanniques pour sortir de l'Union européenne en juin 2016, le Royaume-Uni a d'ailleurs connu une période d'accélération de l'inflation, au-delà des 3% fin 2017.

Les entreprises, proies plus vulnérables

La livre faible rend les sociétés britanniques plus attractives et fait d'elles des cibles de choix pour les groupes américains et européens dont le pouvoir d'achat en dollars et en euros est renforcé.

Les analystes ont évoqué récemment ce phénomène avec le rachat du groupe de défense Cobham par le fonds Advent International ou encore celui de Merlin Entertainments, connu pour le musée de cire Madame Tussauds et la grande roue de Londres, par le géant danois du jouet Lego et des fonds.

Si ce rachat d'entreprises peut permettre de sauver des emplois en conservant l'activité, il peut être considéré comme une perte de souveraineté économique.

Coût de la vie plus intéressant à Londres

Les projets de groupes financiers internationaux prêts à faire leurs valises pour le continent à cause du Brexit font régulièrement la une des journaux. Mais certaines sociétés étrangères s'implantent au contraire à Londres pour profiter d'un coût de la vie réduit par la faiblesse de la livre, que ce soit les loyers pour les bureaux ou les salaires versés aux employés.

L'un des fonds spéculatifs américains les plus célèbres, Caxton Associates, va implanter son siège à Londres plutôt qu'à New York, selon le Financial Times.

Autre effet, le quartier des affaires de la City fait l'objet de transactions immobilières record depuis le référendum de 2016, sous l'effet de l'appétit d'acheteurs asiatiques pour les gratte-ciels, à l'image de l'acquisition par le magnat chinois Cheung Chung Kiu de l'un des plus hauts immeubles de Londres, surnommé la "Rape à fromage".