Tests grandeur nature, télétravail, restrictions des voyages, ordres tout électroniques: le monde de la finance passe à l'attaque face à la déferlante du coronavirus, déployant à tout va des plans de secours pour assurer la continuité sur les marchés.

"A Londres, le parterre d'analystes d'HSBC est rentré à la maison, pareil pour Unicredit à Munich", expliquait tout récemment Henrietta Pacquement, responsable obligataire chez Wells Fargo AM dans la capitale britannique.

Elle s'exprimait de chez elle, contrainte à télétravailler les deux dernières semaines après avoir été à Milan "pour voir des clients".

Face à l'accélération de l'épidémie de Covid-19, l'Autorité européenne des marchés financiers a tiré la sonnette d'alarme mercredi, appelant "toutes les infrastructures et les participants des marchés" à se tenir "prêts à mettre en application leurs plans d'urgence".

L'objectif étant "d'assurer la continuité opérationnelle conformément aux obligations réglementaires".

"Tout le secteur financier, que ce soient les banques ou les gestionnaires d'actifs, ont des plans de secours", assure à l'AFP Jean-Jacques Ohana, directeur général chargé de la gestion chez Homa Capital.

"Ils consistent d'une part à répartir, pour les grandes banques, leurs effectifs sur différents sites de manière à ce qu'il n'y ait pas une équipe entière qui soit contaminée, et d'autre part à faciliter le travail à domicile", résume-t-il.

Comme la plupart des autres maisons de gestion d'actifs, son équipe parisienne de dix personnes a des connexions à distance "pour pouvoir faire face à une fermeture éventuelle des écoles et universités, et à une sorte de mise en quarantaine".

Organisation bien huilée 

La technique est au coeur du dispositif. Au point qu'en cas de crise sévère nécessitant un confinement généralisé, aucune contrainte formelle n'impose de présence au bureau, où les recommandations officielles ont été placardées.

"On ne traite rien à la voix : on passe des ordres de manière électronique ou par des échanges de conversation en ligne instantanée via Bloomberg avec une contrepartie, soit une banque ou un courtier, à qui on demande d'exécuter un mouvement sur un portefeuille", illustre M. Ohana.

Depuis pas mal d'années déjà, la plupart des gérants d'actifs peuvent travailler en "nomades", équipés d'ordinateurs et téléphones portables.

Du matériel qui permet de travailler "n'importe où de la même façon avec des connexions sécurisées", souligne Ambroise Lion, directeur général d'IG France.

Pour que tout soit parfaitement fonctionnel rapidement en cas d'urgence, les outils informatiques ont été contrôlés et encore vérifiés.

"Toute une batterie de tests a été refaite", pour faire face aussi à "une surcharge de travail, une surcharge d'ordres, une surcharge d'appels qui est assez importante, de l'ordre de 20 à 40%, voire plus suivant la volatilité sur le marché donc on est vraiment tous au point sur ça", ajoute M. Lion.

Pour maintenir la traçabilité, toutes les communications sont enregistrées, que ce soit via Bloomberg ou Skype, et consultables sur requête des autorités de régulation.

"Que ce soit sur nos lignes de téléphone fixe qui passent maintenant par nos ordinateurs portables mais également sur nos téléphones portables directement, tout est enregistré", précise M. Lion.

Le secteur ne lésine pas sur les moyens: pour que tout soit fluide le jour J, la plupart des maisons, telles que IG France ou OFI AM, ont mis en place une chaîne de communication pour prévenir vite les salariés.

Chez OFI AM, qui compte 80 personnels gérants et analystes, "on a pris des abonnements pour envoyer des sms à tous les salariés à l'instant T, un abonnement pour avoir des salles de chat virtuel , on a vérifié tous les portables de tout le monde", souligne Eric Bertrand, directeur adjoint des investissements.

Et un comité de crise se tient tous les matins.

Au final, "il y a très très très peu d'activités qu'on devrait annuler" en cas de confinement généralisé, affirme Alexandre Baradez chez IG France, qui pourrait toutefois ne plus assurer son analyse quotidienne en direct en cas de télétravail.