Les Bourses asiatiques souffraient jeudi après l'annonce par Donald Trump de la suspension de tous les vols d'Europe vers les Etats-Unis pour 30 jours en raison du coronavirus, devenu pandémique selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Lors d'une brève allocution solennelle à la Maison Blanche, Donald Trump a annoncé la suspension à compter de vendredi de tous les voyages depuis l'Europe vers les Etats-Unis (à l'exception du Royaume-Uni) pour tenter d'endiguer la propagation du Covid-19 sur le sol américain.

Seuls les citoyens américains et les résidents permanents aux Etats-Unis seront autorisés à rentrer pendant cette période, et le département d'Etat a invité dans la foulée les Américains à éviter tout voyage à l'étranger, un fait sans précédent.

"Vendez, vendez, vendez" a commenté l'analyste d'AxiCorp Stephen Innes pour résumer l'état d'esprit dans les salles de marché asiatiques après l'annonce de M. Trump. Car "des restrictions de voyages veulent dire encore moins d'activité économique mondiale", a-t-il résumé.

"Il est très important que les pays et les entreprises sachent que le commerce ne sera en aucune manière affecté" par les restrictions aux voyages en provenance d'Europe, a tweeté par la suite le président américain, sans convaincre pour autant les marchés financiers.

Les mesures promises par la Maison Blanche pour soulager les ménages et les entreprises américaines mises en difficulté par le coronavirus, comme une baisse des taxes sur les salaires, décevaient aussi les milieux de la finance.


Tokyo a dévissé 

A la Bourse de Tokyo, qui avait déjà très mal démarré la séance dans la foulée d'une nouvelle dégringolade de Wall Street la veille, l'indice vedette Nikkei a clôturé jeudi sur une chute de 4,41% à à 18.559,63 points. L'indice élargi Topix a cédé 4,13% à 1.327,88 points.

Le yen, valeur refuge pour les investisseurs, s'est nettement apprécié face au dollar et à l'euro après les annonces de M. Trump, un mouvement très défavorable pour les groupes exportateurs nippons.

Vers 06H30 GMT le dollar valait ainsi 103,65 yens, contre 104,42 yens la veille après la fermeture de la Bourse de Tokyo. L'euro grimpait à 1,1293 dollar, contre 1,1279 dollar mercredi à 19H00 GMT.

A la Bourse de Hong Kong, l'indice Hang Seng était aussi en forte baisse jeudi après-midi (-3,67%), tout comme les places de Chine continentale (Shanghai -1,88%, Shenzhen -2,73%).

Le pétrole s'affole 

Les cours du pétrole, qui avaient commencé la journée en Asie sur une hausse timide, sont violemment repartis dans le rouge, la suspension pour un mois des vols de l'Europe vers les Etats-Unis signifiant une baisse drastique de la consommation d'or noir, déjà en berne.

A 06H22 GMT le prix du baril de brut américain chutait de 4,21% à 31,59 dollars et celui du baril de Brent londonien de 4,39% à 34,22 dollars.

Les cours étaient déjà particulièrement malmenés depuis le début de la semaine en raison de l'incapacité des producteurs à s'entendre pour diminuer l'offre.

Le marché pétrolier avait ainsi encaissé lundi sa pire chute en près de 30 ans, en plongeant d'environ 25% après l'échec de discussions entre les producteurs du Golfe, au premier rang desquels l'Arabie Saoudite, et la Russie pour réduire la production, ce qui a conduit Ryad à déclencher une guerre des prix.

"Si cela ne convainc pas l'Arabie saoudite et la Russie de revenir à la table des négociations, je ne vois pas ce qui pourrait y arriver", a lancé Stephen Innes d'AxiCorp à propos de la suspension des vols de l'Europe vers les Etats-Unis.

Le relèvement de l'épidémie de coronavirus au stade de "pandémie" par l'OMS plombait aussi le moral des investisseurs en Asie, comme à Wall Street la veille.

Apparu en décembre dernier en Chine, le coronavirus Covid-19 a déjà infecté 124.000 personnes dans plus d'une centaine de pays et territoires, causant la mort de plus de 4.500 personnes, selon un dernier bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles.

"Nous sommes profondément préoccupés tant par les niveaux alarmants de propagation et de gravité que par les niveaux alarmants d'inaction" dans le monde, avait déclaré mercredi le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.