Quel est le point comment entre le rappeur Jay-Z, l'ancienne star de basket-ball Shaquille O'Neal et le fils aîné de Martin Luther King ? Ces célébrités ont associé leur nom à des "SPACs", des sociétés de plus en plus utilisées pour accéder à Wall Street.

Les introductions en Bourse via des SPACs ont explosé en 2020 aux Etats-Unis, ce qui n'a pas manqué d'attirer l'attention des régulateurs et de susciter certaines appréhensions.

Vous avez dit SPACs ?

Une SPAC, ou "Special Purpose Acquisition Company", est une entreprise sans activité commerciale dont le but est de lever des fonds en entrant sur une place boursière. Pour se financer, la société met en vente des actions, généralement à 10 dollars l'unité.

La SPAC dispose ensuite d'un délai, souvent fixé à deux ans, pour identifier, puis fusionner avec une autre entreprise, permettant à celle-ci de disposer d'une manne à son arrivée en Bourse. Durant cette période, les fonds sont conservés dans un compte sous séquestre. Si aucune transaction n'est finalisée avant l'échéance, les investisseurs récupèrent leur mise de départ.

L'une des particularités pour les actionnaires est qu'ils ne savent pas à l'avance avec quelle société la SPAC va s'associer. "La SPAC annonce souvent le domaine où elle veut fusionner, que ce soit la tech ou la santé, mais c'est parfois bien plus vague", précise Jay Ritter, professeur à l'université de Floride.

Pas uniquement aux USA

Selon le cabinet Dealogic, 210 SPACs ont levé au total 71,6 milliards de dollars sur les places boursières américaines depuis le début de l'année. En 2019, elles étaient 59 pour un montant cumulé de 13,5 milliards.

Signe de leur popularité, ces sociétés attirent des vedettes, recrutées par une SPAC visant des acquisitions dans les médias et la tech. Le rappeur et producteur Jay-Z a signé un partenariat avec une entreprise spécialisée dans le cannabis sur le point d'être acquise par une SPAC.

Des financiers influents comme Bill Ackman ou Chamath Palihapitiya pilotent pour leur part d'ambitieux projets de SPACs. La compagnie de tourisme spatial Virgin Galactic, fondée par le magnat britannique Richard Branson, et la magazine Playboy ont utilisé ce tour de passe-passe.

Si les SPACs ont surtout la cote sur les marchés américains, où elles sont présentes sous une forme ou une autre depuis les années 1980, des initiatives existent ailleurs.

Les hommes d'affaires français Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Moez-Alexandre Zouari chapeautent ainsi 2MX Organic, une SPAC cotée depuis mercredi à la Bourse de Paris, pour faire des acquisitions dans le secteur de la consommation durable.

"Un chemin plus court vers la cotation"

Le succès récent des SPACs tient en partie à la rapidité et la simplicité des démarches d'entrée en Bourse.

"C'est un chemin plus court vers la cotation, mais aussi plus sûr dans la mesure où la société est déjà cotée", explique Kristi Marvin, fondatrice de SPACInsider.com. "Et le capital est mieux garanti car il y a un certain montant sur le compte."

L'absence de dépenses importantes, notamment les commissions versées aux grandes banques, joue également en faveur des SPACs même si l'addition peut s'avérer salée lors d'une fusion.

Les risques existent, à commencer par la possibilité pour tout actionnaire de récupérer sa mise avant qu'une transaction ne soit finalisée, faisant baisser la valeur boursière de la société.

Un rythme qui va encore s’accélérer

La réputation des SPACs a été ternie par le fiasco du fabricant de camions électriques et à hydrogène Nikola, qui avait pourtant connu une ascension fulgurante après son entrée en juin sur le Nasdaq via une fusion.

Mais des accusations de fraude contre l'entreprise et son fondateur ont fait plonger l'action et plusieurs enquêtes ont été ouvertes, dont une par la SEC, le gendarme boursier américain.

"Les motivations des responsables des SPACs, les motivations de l'entreprise qu'ils achètent (...) sont différentes des motivations des propriétaires et des équipes dirigeantes lors d'une IPO classique", a averti récemment Jay Clayton, le patron démissionnaire de la SEC.

Malgré ces mises en garde, les SPACs semblent avoir de beaux jours devant elles à Wall Street.

"Je pense que le rythme va continuer d'être soutenu (...) Cela va devenir encore plus compétitif", prédit Jonas Grossman, président de la banque Chardan, spécialisée dans les SPACS.