Deliveroo signe la plus grosse entrée en Bourse à Londres depuis 2011 ce mercredi. L'attente pour cette IPO était forte. Malgré cela, l'action a commencé sur une chute de 30% moins d'une heure après l'ouverture.

Le prix d'introduction annoncé était fixé à 3,90 livres pour une valorisation totale de 7,6 milliards de livres (près de 9 milliards d'euros), soit dans la fourchette basse des attentes.

Notons que la société de livraison de repas fondée en 2013 a perdu 224 millions de livres en 2020 malgré une hausse de ses revenus de 54%, les livraisons de plats ayant augmenté largement à cause de la pandémie de Covid-19. Cependant, l'arrêt de l'activité de certains restaurants a pu également peser dans certaines villes.

Un coup de sonde mitigé

Les échanges sont pour le moment réservés aux investisseurs professionnels. Ils seront élargis au grand public le 7 avril prochain. Deliveroo a mis pour le moment 21,3% de son capital mais pourrait monter à 22,9% si la demande suit. Mais le coup de sonde est pour le moment mitigé. 

Pourtant, l'apport de cash permettrait à la société de doper ses investissements pour plus de croissance et atteindre potentiellement une rentabilité, alors que la concurrence avec des acteurs comme Uber (et son service Uber Eats), qui dispose d'une capacité financière plus solide, est importante.

Résultat décevant ? 

"C'est certainement un résultat décevant pour une introduction en Bourse qui a généré au départ beaucoup d'enthousiasme, mais la faiblesse récente des cours de nombre de ses homologues aux Etats-Unis, comme Doordash, semble avoir enlevé un peu de lustre au secteur", souligne Michael Hewson, analyste chez CMC Markets.

L'introduction en Bourse doit permettre à Deliveroo de mieux rivaliser avec ses concurrents. Il restera en outre à voir quelles seront les performances de Deliveroo une fois les restrictions sanitaires levées, alors que son activité a été boostée par la pandémie.

Pour Michael Hewson, des restaurateurs, s'ils peuvent rouvrir leurs portes, pourraient hésiter à payer la commission demandée par Deliveroo et qui peut atteindre jusqu'à 30%, selon l'analyste.

Statuts des livreurs et modèle économique

L'opération a par ailleurs relancé le débat sur la précarité des livreurs, qui sont des travailleurs indépendants symboles de la "gig economy", ou l'économie des petits boulots, sur laquelle s'appuient les plateformes numériques pour prospérer.

Le syndicat des travailleurs indépendants britanniques, l'IWGB, prévoit notamment un mouvement de grève le 7 avril afin de demander de meilleures conditions de travail.

La viabilité de son modèle économique préoccupe également des investisseurs très influents de la City.

Plusieurs géants de la gestion d'actifs, comme Aberdeen Standard et Aviva Investors, qui pèsent chacun des centaines de milliards de livres, ne souhaitent pas investir dans la société, évoquant le mauvais exemple donné par ses pratiques sociales.