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Alors que le PS n'exclut pas de poursuivre les discussions avec le PTB, ce dernier a érigé en condition sine qua non sa volonté d'opter pour une "politique de rupture", entendant par là de "désobéir aux traités européens". Si cela paraît simple sur le papier, il semble néanmoins que les choses soient un peu plus complexes dans la pratique, analyse le directeur des études économiques de l'IESEG, Eric Dor.

Le fossé se creuse entre PS et PTB en Wallonie. Et ce ne sont pas les exigences du Parti du travail de Belgique, qui a annoncé vouloir une "remise en cause des traités européens", qui vont inverser la tendance. "Nous voulons une rupture", expliquait le vice-Président du PTB, David Pestieau. Mais la condition posée sur la table par le PTB pourrait, en réalité, simplement relever du domaine de l'impossible.


Plusieurs options s'offrent au PTB. La plus cohérente, l'option "légaliste", impliquerait un "Belexit", une sortie de la Belgique de l'Union européenne, comme ce fut le cas au Royaume-Uni où des politiciens ont milité pour une sortie de l'UE mais accepté que leur pays respectent les règles du jeu jusqu'au bout. Mais cela paraît peu probable. Il faudrait qu'une "majorité politique nationale prenne une telle décision et que le processus soit entièrement réalisé, les règles budgétaires du pacte de stabilité cesseraient d’être contraignantes pour la Belgique. Il faudrait ensuite qu’une nouvelle législation belge permette aux régions de dégager le déficit budgétaire qu’elles souhaitent", explique Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management de Paris et Lille. "Evidemment, le PTB est bien conscient de l’irréalisme total d’un tel scénario et de l’impopularité d’une idée aussi extravagante que l’abandon de l’Union Européenne et de l’euro par la Belgique, même chez ses propres électeurs. Le parti s’est donc bien gardé d’inscrire cette idée à son programme", ajoute-t-il.

Une autre option

L'option "légaliste" écartée, d'autres possibilités s'offrent au PTB. "Le PTB a choisi de prétendre que la région wallonne peut décider unilatéralement d’avoir un déficit budgétaire qui dépasse le plafond qui lui a été attribué en Belgique dans le contexte des contraintes européennes sur le déficit budgétaire de l’ensemble des pouvoirs publics du pays. Le PTB veut ainsi que la Wallonie provoque, par son propre dépassement budgétaire, un déficit excessif de l’ensemble de la Belgique, sans que cela ait été autorisé par les autres entités du pays, comme le pouvoir central ou les régions flamande et bruxelloise", détaille le directeur des études économiques de l'IESEG. Un scénario possible ? Pas vraiment, si l'on en croit l'analyse d'Eric Dor.


L'Union européenne fait office d'arbitre et laisse aux pays membres le soin de répartir les contraintes entre les budgets de leurs différents niveaux de pouvoir. Mais le fédéralisme belge implique une plus grande autonomie des communautés et régions. "Il est illusoire d’imaginer que le comité de concertation (présidé par le Premier ministre de la BNB et constitué de spécialistes) puisse autoriser la région wallonne à laisser son déficit excéder largement le plafond. Il faudrait par exemple l’approbation de la Flandre, ce qui est totalement irréaliste. Le dépassement budgétaire wallon impliquerait en effet que le budget global de la Belgique soit en déficit excessif, provoquant une augmentation des taux d’intérêt exigés par les investisseurs sur les emprunts publics du pouvoir central et des entités fédérées, et donc des coûts supplémentaires pour l’ensemble des belges", souligne le spécialiste, qui conclut : "Il serait incohérent pour le PTB de provoquer l’effondrement du pays alors qu’il tient à l’unité nationale et à la solidarité financière dont la Wallonie bénéficie en provenance de Flandre, par exemple pour la sécurité sociale".