Malgré les spéculations des marchés sur un plan de relance budgétaire en Allemagne, le ministre allemand des Finances a présenté mardi un budget 2020 "sans nouvelle dette", suffisant selon lui pour affronter le ralentissement économique.

"C'est un budget en expansion" d'environ 360 milliards d'euros, a déclaré Olaf Scholz face à la chambre basse du Parlement, alors que Berlin est depuis des années pressé par ses partenaires et les organisations internationales de dépenser plus.

Le débat a pris une ampleur nouvelle ces dernières semaines après la publication d'un produit intérieur brut (PIB) allemand en recul de 0,1% au deuxième trimestre, alimentant les craintes d'une entrée en récession de la première économie européenne.

Mais comme l'avait déjà dit la chancelière Angela Merkel, "l'Allemagne entreprend ce qu'il faut sans nouvelle dette", a martelé Olaf Scholz, ce qui lui permettra de disposer "de beaucoup, beaucoup de milliards" pour réagir en cas de crise.

De plus en plus contesté, le dogme budgétaire allemand repose sur deux règles: l'interdiction de contracter toute nouvelle dette fédérale excédant 0,35% du PIB par an ("Schuldenbremse"), inscrite depuis 2011 dans la Constitution, et l'engagement supplémentaire d'un budget fédéral au moins à l'équilibre ("Schwarze Null"), respecté depuis 2014.

La règle constitutionnelle prévoit néanmoins des dérogations en cas de crise économique, catastrophes naturelles ou "situations d'urgence extraordinaires", offrant donc des marges de manoeuvre au gouvernement.

Climat et retraites

Mais "à l'heure qu'il est, nous ne sommes pas en crise", a balayé Olaf Scholz, appelant néanmoins Washington et Pékin à régler "de toute urgence" leur conflit commercial, qui dissuade les entreprises d'investir et plombe donc l'industrie allemande à l'export.

La semaine dernière déjà, le ministre social-démocrate avait assuré à Francfort face à un parterre de banquiers, que Berlin était "très ambitieux" en matière d'investissements, avec un budget dédié de 40 milliards d'euros par an.

Mais pour l'opposition de gauche, la stabilité de cette enveloppe signifie que sa part dans le PIB recule d'année en année, et elle intègre par ailleurs des dépenses telles que l'allocation familiale immobilière, loin des dépenses attendues pour améliorer la formation et les infrastructures.

Surtout, le projet de loi de finances d'Olaf Scholz ne prévoit pas encore les mesures climatiques sur lesquelles conservateurs et sociaux-démocrates doivent se mettre d'accord le 20 septembre prochain, soit le plus grand chantier annoncé du quatrième mandat Merkel.

Le ministre de l'Economie Peter Altmaier a averti la semaine dernière que les différentes aides - billets de trains moins chers, prime à l'abandon du chauffage au fuel, etc - pourraient représenter près de 50 milliards d'euros, qu'il entend mobiliser via une fondation dédiée et autorisée à emprunter sur les marchés.

Les Verts veulent quant à eux inscrire dans la Constitution un fonds d'investissement fédéral doté de 35 milliards d'euros par an, qui doublerait donc l'effort actuel.

Sven-Christian Kindler, spécialiste du budget au sein du parti écologiste, estimait dimanche à Berlin que la crise climatique et l'état piteux des infrastructures représentent autant "de dettes cachées que les générations futures devront payer".

Mais la réticence de l'Allemagne à s'endetter s'explique aussi par sa démographie vieillissante: en 2020, la contribution fédérale aux pensions de retraite représentera 100 milliards d'euros de dépenses, un volume en constante augmentation.