Dans un édifice ultra-moderne, planchers lustrés et vue de rêve sur la Méditerranée, le cocréateur israélien de l'application de navigation Waze apparaît sur un fond d'écran avec un conseil pour les geeks écrit sur son t-shirt rouge.

"Tombe amoureux du problème, pas de la solution", peut-on lire sur le t-shirt de Uri Levine, dans une exposition au Centre Peres pour la paix et l'innovation de Tel-Aviv, devenu une sorte de mausolée des réalisations israéliennes dans le domaine de la technologie.

Le succès des hautes technologies est l'un des rares sujets qui fait consensus au "pays des startups" à l'approche des législatives du 17 septembre. Et les ténors du secteur s'inquiètent peu de l'issue du scrutin, pour eux l'important c'est de continuer à progresser.

Pays comptant le plus grand nombre de startups par habitant, Israël a servi d'incubateur à l'appli Waze, désormais propriété de Google, au créateur de site web Wix et à Mobileye, une société spécialisée dans les systèmes anti-collisions rachetée pour plus de 15 milliards de dollars par le géant américain des puces électroniques Intel.

Des titans comme Facebook, Google et justement Intel ont aussi des opérations dans le pays, irriguant ainsi la "Silicon Wadi", équivalent local de la "Silicon Valley".

Prochains défis de la Silicon Wadi ? Maintenir l'avance par rapport à la concurrence, augmenter le nombre de créations d'emploi malgré un chômage au plus bas, et garder le contrôle sur les entreprises plutôt que de les voir tomber dans l'escarcelle de sociétés étrangères.

"Nous sommes un petit pays et devons travailler encore plus dur pour rester sur le radar", explique Eugene Kandel, professeur à l'université hébraïque de Jérusalem et président de la Centrale nationale des startups, une organisation sans but lucratif faisant la promotion de la tech israélienne.

"D'une certaine manière, nous n'avons pas le luxe de rester au neutre, contrairement à de plus grands pays", dit-à l'AFP.

"Un état d'esprit"

Le savoir, c'est le pouvoir, veut l'adage. Et dans un pays en conflit depuis sa création en 1948, et qui occupe notamment des territoires palestiniens depuis plus de 50 ans, le développement de technologies militaires de pointe et de logiciels de surveillance rime aussi parfois avec controverse.

Le gouvernement israélien tente d'adoucir cette image, en soulignant par exemple la recherche en agriculture et dans le recyclage de l'eau. En guise d'exemple, le Premier ministre Benjamin Netanyahu aime citer les avancées de son pays dans la culture de la tomate...

Une chose est certaine, les crédits d'impôt à l'innovation et le service militaire obligatoire, au cours duquel nombre de jeunes reçoivent une formation technologique notamment dans les unités du renseignement d'élite, ont contribué à l'essor de la "start-up nation".

A ces éléments, des spécialistes ajoutent parfois deux autres facteurs à l'ethos numérique local : le besoin d'innover pour survivre dans un pays quasi désertique et la "chutzpah", ou "audace" en hébreu.

"En Israël, nous tentons de survivre. Nous sommes toujours en train d'essayer de régler des problèmes, c'est notre état d'esprit", note Revital Hollander, du Centre interdisciplinaire de Herzliya, qui a d'ailleurs accueilli récemment des étudiants de l'université montréalaise McGill.

Des étudiants des deux universités ont ainsi réalisé à Tel-Aviv un "hackathon", au cours duquel les étudiants, en école de commerce et en informatique, échangeaient sur la façon de monter une start-up en Israël et au Canada.

Pour Jiro Kondo, professeur à la faculté de management de McGill, l'essor des technologies en Israël est "unique": "au cours des 40 dernières années, le seule exemple qui me vient en tête d'un passage de zéro à des succès en termes non seulement d'investissement mais de valeur ajoutée... c'est Israël".

Dans la "Silicon Wadi", le mot d'ordre est à la croissance des entreprises in situ, plutôt qu'à la vente à l'étranger.

En 2018, 8,7% des emplois en Israël étaient dans le secteur des hautes technologies, contre 8,3% un an plus tôt, selon les données du gouvernement qui cherche à faire croître encore ce pourcentage.