Placements & Marchés Le cartel a décidé de prolonger ses quotas, mais les prix ont quand même chuté.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) peine, de plus en plus, à influencer durablement les prix de l’or noir. En milieu de semaine, le cartel s’était mis d’accord pour prolonger de neuf mois la baisse de l’offre d’1,8 million de barils par jour (bpj) qui devait initialement s’étendre du 1er janvier au 30 juin 2017. Cet accord sera donc étendu jusqu’au 31 mars 2017.

Malgré cette annonce a priori positive pour les prix pétroliers, l’or noir a perdu du terrain. A New York, le baril a lâché quasiment 5 dollars, passant sous la barre des 50 dollars. "Cela montre que l’Opep a de moins en moins d’influence sur le marché, commente Alexandre Andlauer, analyste chez AlphaValue. On passe d’un gel de six mois à un gel de quinze mois, mais le pétrole baisse quand même."

Le pétrole de schiste flambe

Si les prix de l’or noir sont sous pression, c’est parce que le gel de production orchestré par l’Opep est plus que compensé par la hausse de la production américaine, tirée par la technologie controversée de la fracturation hydraulique.

Grâce à d’énormes gains d’efficacité, les pétroliers américains s’adaptent, de plus en plus, à l’or noir bon marché. Selon des données du département américain de l’Energie, le nombre de machines de forage actives aujourd’hui est supérieur de 20 % au sommet de 2014. Et depuis le début de l’année, de nombreuses banques d’affaires américaines ont revu à la hausse leurs estimations de production pour l’industrie américaine du pétrole de schiste.

Cette offre en augmentation sape logiquement les efforts de l’Opep pour soutenir les prix de l’or noir. Début 2016, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) n’excluait pas un vif rebond des prix en 2017. Fin de l’année dernière, les analystes financiers anticipaient, en moyenne, un pétrole à 67 dollars en fin d’année.

Cette estimation semble aujourd’hui loin de la réalité. Aujourd’hui, le baril est retombé sous les 50 dollars à New York. Et l’analyste d’AlphaValue estime qu’il va évoluer dans une fourchette comprise entre 40 et 55 dollars au cours des dix-huit prochains mois.

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Des estimations revues tous les mois

Le plus surprenant, c’est que les prévisions de croissance de la production américaine sont très régulièrement revues à la hausse. En un mois, les estimations de production du département américain de l’Energie ont augmenté de 100 000 bpj, ce qui donne une production supplémentaire d’1,2 million de bpj en une année.

Plus fondamentalement, l’analyste d’AlphaValue remet en cause l’objectif affiché de l’Opep de réduire les stocks mondiaux de pétrole. "Cet objectif ne tient pas compte du business model ultra-réactif des producteurs américains de pétrole de schiste, explique Alexandre Andlauer. Leur production peut être relancée en six mois si les prix repartent à la hausse."

On est loin des cycles d’investissement de plusieurs années qui caractérisaient les majors pétrolières traditionnelles.