La Bourse de Hong Kong (HKEX) a jeté l'éponge et renoncé à racheter le London Stock Exchange (LSE), compte tenu de l'opposition ferme de la place londonienne et des nombreux obstacles politiques ou réglementaires.

Dans un communiqué, le Hong Kong Exchanges and Clearing (HKEX) s'est dit mardi "déçu" de devoir retirer sa proposition, mais estimé que c'était dans l'intérêt de ses actionnaires.

"Le HKEX confirme qu'il n'a pas l'intention de faire une offre" pour acquérir le LSE, alors que le groupe avait jusqu'au 9 octobre pour dévoiler ses intentions.

Dans un bref communiqué, le LSE s'est pour sa part contenté de prendre acte de la décision de la Bourse de Hong Kong.

Le groupe britannique en profite pour rappeler que sa priorité est de mener à bien l'acquisition de Refinitiv, société de technologies de marchés nord-américaine.

Le titre du LSE accusait toutefois le coup à la Bourse de Londres et chutait de 4,94% à 7.084,00 pence vers 09H30 GMT: avec le retrait de Hong Kong, le groupe perd de son intérêt spéculatif en Bourse.

Le HKEX s'était lancé dans une véritable offensive de charme en dévoilant le 11 septembre une proposition de rachat de sa rivale de Londres pour près de 32 milliards de livres dette comprise (environ 36 milliards d'euros), en cash et nouvelles actions.

Mais la Bourse de Londres avait rapidement opposé une fin de non-recevoir, faisant état de "problèmes fondamentaux" dans l'offre.

"Le conseil d'administration du HKEX continue de penser qu'une combinaison du LSEG et du HKEX est stratégiquement impérieuse et créerait un leader mondial", continue d'affirmer la Bourse de Hong Kong dans son communiqué.

"En dépit des contacts noués avec un grand nombre de régulateurs et avec les actionnaires, le conseil d'administration de HKEX est déçu de ne pas avoir été capable de convaincre la direction du LSEG du bien-fondé" de cette vision, admet-il.

Mal embarqué

Le directeur général de la Bourse de Hong Kong, Charles Li, a estimé que son groupe devait désormais regarder devant lui.

"Je suis certain que si nous essayons quelque chose et que cela ne marche pas, nous sommes assez forts et diversifiés pour nous relever et aller de l'avant", a-t-il commenté.

L'échec de ce projet de fusion ne constituait pas une surprise pour les analystes, tant il était semé d'embûches.

"L'opération semblait condamnée dès le début compte tenu de l'opposition du LSE, du manque de soutien de la Chine et de son caractère sensible tant politiquement que réglementairement", explique Russ Mould, analyste chez AJ Bell.

Outre le prix proposé par HKEX, jugé trop faible, les actionnaires de la Bourse de Londres sont dans l'ensemble favorables à l'acquisition de Refinitiv, une opération bien avancée, que la proposition de Hong Kong impliquait d'abandonner.

Le rachat de Refinitiv, pour une valeur de 27 milliards de dollars et qui doit être bouclé au second semestre 2020, doit permettre au LSE d'effectuer un virage majeur et devenir un géant des données, capable de rivaliser avec Bloomberg. Une alliance avec la Bourse de Hong Kong l'aurait contraint à revenir en arrière et à mettre l'accent au contraire sur son coeur de métier, à savoir les marchés.

Le lien entre la Bourse de Hong Kong et le gouvernement local, plus grand actionnaire du groupe et qui est aligné sur Pékin, était une autre difficulté, notamment dans le contexte de la crise politique sans précédent qui secoue l'ancienne colonie britannique, avec quatre mois de manifestations quasi quotidiennes.

Enfin, cette opération se serait également heurtée à des régulateurs sourcilleux, puisque la fusion aurait uni deux des places financières les plus puissantes au monde.

Le LSE garde en outre le souvenir amer de l'échec retentissant de sa tentative de fusion avec le groupe boursier allemand Deutsche Börse, bloquée par les régulateurs européens en 2017.