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La France a résisté sur la première partie de l'année aux effets de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, avec une hausse des exportations saluée par le gouvernement, mais qui doit encore se confirmer sur le deuxième semestre.

"Dans un contexte pas très favorable avec la guerre commerciale et la hausse du prix du pétrole, les choses ne se passent pas si mal que ça pour la France", a affirmé Philippe Waechter, directeur de la recherche à Ostrum Asset Management, après la publication mercredi des chiffres du commerce extérieur pour le mois de juin par les douanes.

Sur un mois, le déficit s'est certes dégradé de 1,9 milliard d'euros par rapport au mois de mai pour s'établir à 5,2 milliards, mais la comparaison avec le mois précédent n'était pas favorable, les exportations ayant connu en mai "leur plus haut niveau sur les 15 dernières années" grâce au secteur de l'armement.

Selon les douanes, le déficit a du coup retrouvé en juin "un niveau plus habituel après le point haut de mai 2019". "Reste à savoir si ce repli est un contrecoup du mois précédent ou la fin d'une embellie qui reflète les effets de la guerre commerciale", a expliqué M. Waechter.

En cumul sur les 12 derniers mois, le déficit commercial est resté "quasiment stable" en juin et atteint 54 milliards d'euros, contre 59,2 milliards en 2018 et 58 milliards d'euros en 2017, ont souligné les douanes. Des chiffres qui demeurent "préoccupants" pour M. Waechter.

Tendance "à contre-courant"

Pour le gouvernement, qui se base, lui, sur les chiffres cumulés du premier semestre de cette année, le commerce extérieur montre des signes "encourageants" d'amélioration sur la première partie de l'année.

"Nous avons des performances sur le premier semestre qui sont encourageantes, avec des exportations très dynamiques malgré le recul du commerce international en raison des tensions commerciales", a affirmé le secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, Jean-Baptiste Lemoyne.

"Ce sont les meilleurs soldes semestriels depuis 2016", s'est-il félicité, rappelant que les prix de l'énergie, en particulier celui du pétrole, avaient augmenté depuis deux ans. Selon lui, "les exportations de biens ont bondi de 6,1% et celles des biens et services de 4,3%" sur les premiers six mois de l'année.

"Cette tendance est à contre-courant du recul du commerce mondial et montre que les produits français trouvent preneurs à l'étranger", a commenté M. Waechter.

Concernant l'approbation controversée début juillet de l'accord commercial entre l'Union Européenne et le Canada (CETA), qui a suscité la colère des agriculteurs, M. Lemoyne a assuré qu'il "portait déjà ses fruits pour la France" après l'entrée en vigueur provisoire de la quasi totalité du texte il y a pratiquement deux ans.

"Sur le premier semestre, les exportations françaises vers le Canada au premier semestre ont continué de croître de façon très dynamique (+8,2%), alors que les importations canadiennes en France ont chuté de 10%", a-t-il assuré.

Et de citer également comme exemple l'accord entre l'UE et le Japon, entré en vigueur en février, qui a permis une hausse "de 20,2% sur le semestre" des exportations françaises vers le pays asiatique.

Dans le détail, le recul de juin par rapport au mois de mai concerne, outre le secteur de l'armement, "la construction aéronautique et spatiale, les produits sidérurgiques et de première transformation de l'acier, les appareils de mesure et de navigation, les boissons ainsi que les produits pharmaceutiques", ont précisé les douanes.

Sur l'ensemble du deuxième trimestre, cependant, "la tendance est à l'amélioration après la stabilité observée au quatrième trimestre 2018 puis la baisse au premier trimestre 2019".

Pour sa part, le déficit des transactions courantes s'est réduit au cours du deuxième trimestre de 1,7 milliard d'euros, pour s'établir à 2 milliards, a précisé la Banque de France dans un communiqué.

Enfin, le solde des investissements directs reste stable par rapport au trimestre précédent, la hausse des investissements français à l'étranger (14,2 milliards d'euros après 7,2 milliards) étant compensée par celle des investissements étrangers en France (9 milliards d'euros après 2,5 milliards).