Placements & Marchés

#MONEYSTORY | Jeudi 8 août 1963 avait lieu l'attaque du train postal Glasgow-Londres. En pleine nuit, et sans tirer un seul coup de feu, un groupe d'une quinzaine d'hommes mettait la main sur plus de 2,6 millions de livres (près de 53 millions d'euros actuels). Retour sur ce que beaucoup de criminologues et autres historiens n'hésitent pas à appeler "le casse du siècle", et qui n'a pas encore livré tous ses secrets.

La couronne un genou à terre. Le 8 août 1963, la timide fraîcheur nocturne a percé la chape de plomb qui recouvre l'Angleterre en cet été bouillant. Les touristes britanniques ont profité du jour férié pour quitter les grandes villes et dépenser sans compter. A Glasgow, ce jeudi 8 août 1963, les employés postaux chargent discrètement de lourds sacs dans le train qui doit rejoindre Londres. A l'intérieur de ceux-ci, près de 2,6 millions de livres de l'époque (l'équivalent de 53 millions d'euros actuels), sous forme de billets, qui doivent être retournés dans la capitale anglaise pour y être détruits, car trop abîmés pour être remis sur le marché. Pour ne pas éveiller les soupçons, les gardes ne portent pas d'armes et le train ne comporte pas d'équipements de sécurité.

A quelque 600 kilomètres de là, à Bridego Bridge (rebaptisé Train Robbers' bridge, "Pont des voleurs du train", jusqu'en 2013), une quinzaine d'hommes, qui préparent leur coup depuis plusieurs mois, sont postés. Trafiquant les feux de signalisation lors de l'arrivée du train, en pleine campagne, les hommes s'emparent du chauffeur de la locomotive, neutralisent les gardes et détachent les wagons de tête, où se trouve l'argent. Ils prennent le contrôle du convoi et l'emmènent un peu plus loin pour décharger et ainsi délester sa majesté, sac par sac, de plus de 50 millions d'euros actuels. En à peine 15 minutes et sans aucun coup de feu, ce casse digne d'un western allait marquer la Grande-Bretagne.

Alors que la police arrive sur les lieux, la traque commence. La scène de crime grouille d'inspecteurs et les maigres indices laissés par le groupe sont inutilisables. Pire encore, un agent ferroviaire pensant bien faire a déjà réparé et remis l'aiguilleur en marche. Un des assaillants ayant ordonné aux membres d'équipage de ne pas bouger pendant une demi-heure, Scotland Yard passe les alentours au peigne fin. Au cours des jours qui suivent, les autorités retrouvent des empreintes dans une ferme où les braqueurs s'étaient cachés. Alertés par le mouvement inhabituel occasionné par le passage de camionnettes - conduites par les criminels - dans leur villages, des enfants avaient noté les plaques d'immatriculation. L'affaire est médiatisées et toutes les chaînes de télévisions sont sur le coup. D'importantes sommes sont promises contre tout renseignement. La police remonte difficilement le fil de l'affaire et plusieurs figures bien connues du milieu du banditisme britannique finissent par tomber.

Zones d'ombre

Treize de la quinzaine de bandits furent arrêtés et jugés en 1964 à des peines allant de 25 à 30 ans de prison. Bruce Reynolds, décrit comme le leader du gang, s'installera au Mexique et au Canada pendant 5 ans, avant de tenter de retourner vivre incognito en Angleterre. Sans succès, puisque l'homme sera condamné en 1968 à 25 ans de prison. Libéré après 10 ans de détention, il meurt en 2013. Autre figure du gang, Ronnie Biggs parviendra pour sa part à s'évader de prison après un an de détention et aura recours à la chirurgie esthétique pour ne pas être reconnu pendant ses 36 années de cavale, où il passera par la Belgique, la France, l'Australie ou encore le Brésil. Il meurt en décembre 2013 alors qu'il était rentré en Grande-Bretagne en 2001, où il était incarcéré.


De nombreuses zones d'ombre englobent toujours "l'affaire du train postal". A commencer par le mystérieux informateur, qui avait fourni les indications nécessaires à Gordon Goody, considéré comme le cerveau de l'opération. Sur son lit de mort, en 2016  celui-ci donnera le nom de Patrick McKenna, employé du General Post Office à Salford, près de Manchester, et qui possédait de nombreuses informations sur les transferts d'argent effectués par train, via l'opérateur postal Royal Mail. McKenna était déjà mort au moment où son nom fut rendu public par Goody. Et si la liste des personnes impliquées restent obscure, ce n'est rien comparé à l'importante somme d'argent dérobée... qui n'a en grande partie jamais été retrouvée.