"J’adore casser les idées reçues." Florian Breton a fait fi d’une certaine perplexité ambiante ("Des agriculteurs feraient appel au financement participatif ? Le public financerait des agriculteurs ? Mais non !") quand il a lancé en France, il y a pile deux ans, Miimosa, une plateforme de crowdfunding exclusivement dédiée à des projets agricoles et alimentaires. En 2014, ce petit-fils de viticulteur des Pyrénées orientales, qui a travaillé comme saisonnier, a plaqué son boulot dans les médias pour créer ce concept unique qui débarque aujourd’hui en Belgique. Et c’est une première du genre. "Je suis parti du constat que le secteur de l’agriculture était fragilisé, à cause notamment de la crise. Avec Miimosa, j’ai voulu soutenir les petites et moyennes structures agricoles, les circuits courts, une alimentation et une agriculture locales et de qualité mais pas forcément bio, pérenniser des emplois", explique Florian Breton. Et ça marche ! Depuis son lancement, la plateforme française a levé 2 millions d’euros et accompagné 400 projets, dont le taux de réussite est de 79 %.

Viande, légumes, lait, cocktails et même des savons

Rapidement contacté par des porteurs de projets belges, le fondateur de Miimosa a décidé de transposer le concept en Belgique. Depuis dix jours, les contributeurs peuvent découvrir sur miimosa.com/be neuf projets (pour l’instant) agricoles, alimentaires et cosmétiques, tous wallons (mais Miimosa est ouvert aux Flamands et aux Bruxellois) qui font appel au financement participatif pour se développer. On trouve un producteur qui veut transformer son lait en crème, beurre et crème glacée, deux fabricants de savon naturels ayant besoin de matériel ou de renouveler le packaging des produits, une ex-comptable voulant se lancer dans la création et la vente de cocktails sans alcool, une bouchère qui cherche à agrandir son atelier de découpe, une maraîchère qui doit renouveler son équipement de conservation des légumes, une champignonnière qui veut s’agrandir, un jeune couple boulanger/maraîcher ayant besoin d’un financement de départ, un éleveur bovin qui veut rétablir de la biodiversité sur ses terres et enfin un couple de maraîchers en manque d’outils. Les sommes demandées vont de 1600 à 10 000 euros.

20 000 euros récoltés en dix jours

Le démarrage de Miimosa Belgique est fulgurant. "Plus de 20 000 euros ont déjà été collectés auprès de 200 personnes", indique Florian Breton. "Notre objectif est d’accompagner 120 projets et de récolter 600 000 euros pour la fin de l’année prochaine." Concrètement, les collectes de fonds durent de quatre à cinq semaines. Les investisseurs ne reçoivent pas d’argent en retour. Les contreparties sont en nature : produits de la ferme, visite de l’atelier ou de l’exploitation, événement festif organisé sur les lieux du projet, cours de jardinage… "Les porteurs de projets perçoivent un financement quand 60 % de l’objectif de collecte est atteint. Miimosa ne perçoit pas de commission en dessous de ce pourcentage", indique le fondateur de la plateforme. Au-delà, la commission va de 6,67 % à 10 % hors TVA.

Miimosa Belgique bénéficie du soutien de plusieurs acteurs majeurs du secteur agricole (syndicat, associations de producteurs, de soutien au bio…). Florian Breton signale qu’en France, Miimosa peut compter sur l’appui financier, non seulement du secteur bancaire, qui octroie des crédits à taux préférentiels aux porteurs de projets, mais aussi des Régions, qui versent un subside de 1000 euros à chaque projet financé par le public. De quoi, peut-être, inspirer les banques belges et la Région wallonne.