L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) s'attend l'année prochaine à un nouvel excédent sur le marché de l'or noir en raison du pétrole de schiste provenant des Etats-Unis.

C'est ce qu'annonce l'Opep dans ses premières prévisions pour l'année 2020. Ce cartel des pays exportateurs représente 40% de la production de cette substance dans le monde.

Le semaine dernière, un accord avait été conclu sur la prolongation des plafonds de production au sein des pays membres et de certaines nations partenaires comme la Russie. Cela devait permettre d'éviter une chute trop brutale des prix consécutive à une augmentation de l'offre. Mais les Etats-Unis, qui ne sont pas membres de l'Opep, extraient du pétrole de schiste. On le trouve dans des couches du sol difficiles d'accès et qui peuvent être atteintes à l'aide de la fracturation avec des produits chimiques et des explosifs. L'Opep estime à présent que ses pays membres pomperont 560.000 barils de pétrole de trop par rapport à la demande l'an prochain.

La production des rivaux de l'organisation, comme les États-Unis par exemple, augmente deux fois plus vite que la demande mondiale. Les limitations de production de l'Opep, sous la direction de l'Arabie saoudite, ont pour but de faire grimper les prix de l'or noir. Les montants actuels, d'environ 67 dollars le baril, sont inférieurs aux niveaux sur lesquels de nombreux pays de l'organisation tablent pour couvrir leurs dépenses publiques.

Mais c'est quoi au juste ce "pétrole de schiste"?

Le pétrole de schiste est un pétrole léger contenu dans les formations géologiques poreuses de faible perméabilité. Il s’obtient selon les mêmes procédés que pour le gaz de schiste, par fracturation hydraulique. La technologie de forage de puits horizontaux est souvent très comparable, même si le pétrole de schiste, léger, ne doit pas être confondu avec le pétrole synthétique issu du schiste bitumineux, aussi appelé huile de schiste.

L’exploitation du pétrole de schiste a explosé ces dernières années, particulièrement aux États-Unis. Pourquoi ? Simplement parce que le pays regorge de roches poreuses dans le sous-sol. Son exploitation avait été ralentie à cause d’une offre trop importante de pétrole. La surproduction mondiale a fait chuter les prix en 2015 et 2016 pour finalement remonter en 2017 et 2018. 

Une augmentation de ce "pétrole non conventionnel" que l'on doit aux Etats-Unis

Bien que les Etats-Unis ne soient pas membre de l'Opep, le pays reste un acteur clef sur le marché. Il s'agit d'ailleurs du premier producteur mondial de pétrole. Et sa production augmente année après année, grâce, justement, à son “pétrole non conventionnel”, le fameux pétrole de schiste. Le poids politique et diplomatique de Washington pèse également sur le marché du brut. Avec 8,5 millions de barils/jours, le schiste US pourrait encore augmenter d’un million b/j d’ici à la fin de l’année.

Le génie américain du pétrole de schiste a reposé sur deux facteurs. Le premier, celui d'une communication portée par Barack Obama d'abord, Donald Trump ensuite, afin de donner l’illusion “d’abondance énergétique”. Le second, celui d’avoir réussi à financer son développement et ses pertes notamment par les fonds de pensions étrangers (européens et asiatiques).

Mais le pétrole de schiste, souvent présenté comme l’eldorado énergétique du futur capable de rassasier l’Economie mondiale, présente quelques inconvénients, et le pays de l'Oncle Sam le sait. Les faillites s’y accumulent et le manque de retour sur investissement exaspère Wall Street.

174 faillites et un cash flow négatif de 184 milliards de dollars

Un sondage sur 29 compagnies pétrolières actives dans le schiste montre d'ailleurs qu’elles ont perdu 2,5 milliards de dollars durant le premier trimestre de cette année. Mais ces performances négatives sont réalisées alors qu’elles ont diminué de 16% leurs investissements afin de réduire leurs coûts. Les producteurs de schiste ont même atteint un cash flow négatif de 184 milliards de dollars depuis 2010. Il est difficile de trouver une industrie qui jongle avec autant de pertes.

Depuis la crise pétrolière de 2014, 174 entreprises de pétrole et de gaz de schiste ont demandé l’ouverture de faillites afin de restructurer plus de 100 milliards $ de dettes.

Pour le premier trimestre 2019, la tendance continue avec 8 faillites et une ardoise de 3 milliards d'euros.