Les investisseurs peuvent se détendre. Pour la première économie du monde, une récession, c’est business as usual, relativise l’économiste Gary Shilling, respecté dans les milieux financiers.

Sur les cinquante dernières années, ce docteur en économie de Stanford aurait prédit bon nombre de ralentissements de l'activité économique. On dit même de Gary Shilling qu'il a, au milieu de la nuée de bulles spéculatives que le monde a essuyé, tiré la sonnette d'alarme bien avant la crise immobilière américaine de 2008.

Or, dans un récent entretien face aux caméras de site financier Real Vision, ce sage analyste financier évoque sans fard une crainte qui hante en ce moment les investisseurs: une violente récession de la première économie de la planète.

"Je pense que nous [les Etats-Unis] sommes probablement déjà entrés en récession", a déclaré sans sourciller Gary Shilling. Avant de relativiser en nuançant que, "ce sera probablement une affaire banale. Ce qui signifie que le PIB réel devrait baisser de 1,5 à 2% et non pas de 3,5 à 4% comme lors de profondes récessions".

Par rapport aux problèmes du passé, les facteurs actuels de baisse de régime économique, à savoir l'endettement élevé des entreprises, la force du dollar ou les guéguerres commerciales, n'ont rien d'alarmant, dixit ce vétéran des marchés à la tête de sa propre société de recherche financière depuis 1978, A. Shilling & Co..

D'ailleurs, pareille situation ne devrait pas nécessairement affecter les places boursières. "Les actions ne dégringoleront probablement pas. Et si elles le font, les prix chuteront d'environ 22%, ce qui est comparable aux dernières récessions", tempère-t-il.

Si le cas de figure devient réalité, l’expert des prévisions s’attend également à voir le rendement des Treasuries, les obligations américaines à 10 ans, retomber à 1%, dans un environnement de faible inflation. Le taux d’intérêt des titres de dette américaine à 30 ans tomberait lui à 2%.

"En fait, si cela se produit avec une obligation à 30 ans, vous gagnerez environ 20% de votre argent", a épinglé Gary Shilling.

Shilling fait référence aux bons du trésor à coupon zéro sur 30 ans qu’il est possible d’acheter à prix réduit mais d’échanger à la valeur nominale, contre plus-value donc. Sauf si les taux venaient à augmenter sensiblement entre-temps.

Rappelons que les économistes ont l'habitude de n’officialiser une phase de récession qu’après qu’elle se soit effectivement produite. Le National Bureau of Economic Research, l'institut indépendant de référence, ne définit pas une récession en termes de baisse du PIB réel pendant deux trimestres consécutifs mais s’appuie sur un ensemble de critères. Il faut pouvoir mesurer un déclin important de l’activité économique, qui dure plusieurs mois, normalement visible dans le PIB réel, le revenu réel, l’emploi, la production industrielle ainsi que les ventes en gros et au détail.

Notons que Gary Shilling n’est pas le seul prophète de récession. Les prévisionnistes tablent majoritairement sur un taux de croissance de l’économie américaine de 2% cette année, contre 3% en 2018. Les radars de la banque centrale de New York annoncent d’ailleurs une probabilité de récession de 30% au cours des 12 prochains mois, contre 10% au début de 2019.

Mais cette analyse se base sur l’écart de rendement (spread) entre les emprunts d'Etat américains à trois mois et ceux à dix ans qui, lorsqu’il devient négatif, prédirait une récession à court terme. Un indicateur religieusement suivi qui a habituellement auguré des récessions deux ans à l’avance.