"Les investisseurs ont du mal à garder des risques ouverts tout le week-end, sachant qu'il y a encore de l'incertitude sur un nouveau plan de relance américain toujours en discussions", commente Laurent Le Grin, directeur général chez Degroofpetercam.

"Le marché attend des mesures significatives de relance aux Etats-Unis avant l'élection américaine", déclare-t-il à l'AFP, après que la semaine a été dominée par les réunions de plusieurs banques centrales.

La confiance des consommateurs aux Etats-Unis a eu beau s'améliorer davantage qu'anticipé en septembre, elle n'a pas eu raison de la fébrilité ambiante sur les places européennes.

Et pour cause: "l'incertitude quant à l'issue des discussions sur la future relation commerciale entre l'Union Européenne et le Royaume-Uni post-Brexit "pèse mine de rien beaucoup sur le marché européen", observe M. Le Grin.

La vague d'infections en Europe et le fait que le gouvernement britannique n'exclut pas de recourir à un nouveau confinement général pour toute l'Angleterre "alarme aussi les investisseurs" qui entendent par ailleurs des "notes discordantes" sur le calendrier autour d'un vaccin contre le Covid-19.

Par conséquent, "ils attendent les prochains catalyseurs" pour faire avancer ou reculer les indices, selon l'expert.

Côté géopolitique, les relations sino-américaines ne sont pas de nature à rassurer non plus.

En interdisant le téléchargement des applications WeChat et TikTok aux Etats-Unis à partir de dimanche, le président américain Donald Trump durcit son bras de fer avec la Chine, alors que les négociations avec la maison mère chinoise de TikTok pour qu'elle cède ses activités sur le sol américain à un groupe américain piétinent.

Le point à la clôture:

La Bourse de Paris a fini en net recul (-1,22%). L'indice CAC 40 a perdu 61,3 points, passant sous le seuil psychologique des 5.000 points (à 4.978,18 points). Il s'effrite de 0,93% sur l'ensemble de la semaine et régresse de 16,57% depuis le 1er janvier;

La Bourse de Francfort a fini en baisse vendredi, le Dax perdant 0,70%. L'indice vedette a perdu 91,9 points à 13.116,25 points, tandis que le MDax des valeurs moyennes a cédé 0,40% à 27.512,91 points;

La Bourse de Londres a terminé en baisse de 0,71%. A la clôture, l'indice FTSE-100 des principales valeurs a perdu 42,87 points à 6.007,05 points. Sur la semaine écoulée, il a lâché 0,42%.

Focus boursier | Carnival Corp, à fond de cale

Il ne faisait pas bond être positionné sur le secteur des croisières au début de l’année. L’épidémie de coronavirus a eu un impact dévastateur pour le tourisme international, et le secteur a également été impacté par les images de plusieurs bateaux qui sont restés à quai avec des centaines de malades à leur bord. Le cas le plus célèbre étant celui du Diamond Princess, qui fut mis en quarantaine près d’un mois dans le port de Yokohama (Japon), avec plus de 700 passagers au COVID-19 et 14 personnes décédées.

Dans ce contexte, il n’est donc pas étonnant que le cours de Carnival Corporation, le propriétaire du Diamond Princess, se soit effondré de près de 70% depuis le début de l’année. Le titre a toutefois été extrêmement volatil ces derniers mois. Le cours actuel affiche un doublement par rapport aux plus bas atteints au début du mois d’avril, un rebond qui est intervenu après que le groupe eut annoncé une augmentation de capital pour un montant de 6,25 milliards de dollars. Comme la plupart de ses concurrents, Carnival Corp a rapidement pris des mesures pour pouvoir survivre durant les trimestres de vaches maigres.

Si les croisières ont aujourd’hui repris dans plusieurs régions du monde, l’activité reste au point mort dans de nombreuses autres. Pour l’exercice 2020, le chiffre d’affaires est ainsi attendu en recul de plus de 70% (de 21 milliards de dollars en 2019 à seulement 6 milliards de dollars cette année) tandis que le groupe encaissera une perte nette supérieure à 8 milliards de dollars, soit 11,5 dollars par action. En outre, le marché ne s’attend pas à un retour à la normale avant l’exercice 2022 avec une rentabilité qui restera encore fortement sous pression.

Pour autant, la valorisation est aujourd’hui à ce point faible que les opérateurs de croisière commencent à être recherchés par des investisseurs à la recherche d’actions fortement décotées. C’est ainsi le cas de Yoann Ignatiew (gestionnaire de fonds chez Rothschild & Co), qui s’est récemment positionné sur un concurrent de Carnival Corp. « Les enquêtes réalisées chez les clients montrent qu’il ont l’intention de refaire des croisières lorsque la situation se sera normalisée. Il s’agit donc d’un choc qui devrait être temporaire ». En attentant, le consensus est aujourd’hui largement dans l’expectative, avec 14 avis neutres sur 20. Le groupe annoncera ses résultats trimestriels d’ici la fin du mois de septembre, une occasion de pouvoir trouver un plancher un peu plus ferme pour le cours.

G.Se.