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Les indices boursiers européens évoluent vendredi en forte baisse, dans le sillage de Wall Street la veille, après l'annonce imprévue de nouvelles sanctions commerciales américaines contre la Chine. De quoi faire flamber les valeurs refuges que sont le yen et les obligations allemandes.

De Francfort à Bruxelles, les Bourses rougissent ce matin, les indices nationaux perdant près de 2%. Et pour cause, dans une série de tweets, le président américain, qui brigue un deuxième mandat, a précisé que son administration allait infliger, à compter du 1er septembre, "de petits droits de douane supplémentaires de 10% sur les 300 milliards de dollars" d'importations chinoises jusque-là épargnées.

"Cela suggère plus de problèmes pour l'économie mondiale", commente l'analyste Andreas Lipkow, provoquant la stupeur sur les marchés.

Les actions européennes sont ainsi assommées par cette décision surprise de Donald Trump d'alourdir les sanctions commerciales contre la Chine.

"Celui qui voudrait qualifier les mouvements sur les marchés ces dernières 24 heures serait en droit d'affirmer qu'il vient juste d'expérimenter le coup du lapin", a résumé Michael Hewson, un analyste de CMC Markets.

Surtout pour des marchés à peine remis d'une réunion de la Réserve fédérale américaine pas assez accommodante à leur goût. Cette annonce inattendue du président américain a eu un effet dévastateur.

"Le rouge vif" est de mise "alors que tout le monde pensait que les banques centrales allaient dicter la tendance, c'est bien le président américain qui a repris la main", ont estimé les experts de Mirabaud Securities Genève.

Au niveau des secteurs, les matières premières payaient le prix fort, à l'instar d'ArcelorMittal à Paris, Glencore à Londres. La relance de la guerre commerciale sino-américaine déprime les cours des métaux industriels et, par-là, les titres des compagnies qui en font commerce.

Même raisonnement pour l'automobile, avec les sorties de route de Peugeot et Renault en France ou BMW à Francfort.

Sur la place financière belge, les actions ING et Solvay étaient particulièrement touchées.

"Il n'est pas difficile de comprendre à quel point cette brusque escalade a pris les marchés de court", alors même qu'ils espéraient que "la reprise de négociations déboucherait a minima sur une courte période de cessez-le-feu", a ajouté M. Hewson

Cela induit "plus de problèmes pour l'économie mondiale", a commenté pour sa part l'analyste Andreas Lipkow.

Le Bund dans les abysses

"Malheureusement le président Trump ne suit pas les schémas classiques", a complété M. Hewson, et son geste d'hier soir, bien que susceptible de mettre le feu aux poudres, "pourrait aussi lui donner le dollar plus faible qu'il cherche clairement".

Le dollar a ainsi clairement perdu du terrain face à l'euro depuis jeudi soir. Vendredi matin la devise européenne se stabilisait à son niveau de la soirée autour de 1,108 dollar.

"Les nouveaux droits de douane pourraient être un coup rendu à la Fed de la part de Donald Trump, qui estimait" que sa politique "n'était pas assez accommodante et ainsi créer de l'incertitude et des tensions supplémentaires qui (la) pousserait à baisser davantage ses taux lors de la prochaine réunion ?", s'est également interrogé Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Banque.

La Banque centrale américaine a baissé ses taux d'un quart de point de pourcentage mercredi mais Donald Trump, qui avait réclamé une baisse "forte", avait rapidement réagi en faisant part de sa déception.

Les actifs considérés comme des refuges en cas d'agitation, à l'inverse, étaient largement privilégiés par des investisseurs anxieux.

Le yen s'appréciait fortement : un dollar s'échangeait à 106,92 yens,contre 109,21 yens la veille à la clôture de la Bourse de Tokyo.

Sur le marché obligataire, le taux d'emprunt à 10 ans des États-Unis s'installait largement en dessous des 2% à 1,843%. En Europe, celui de l'Allemagne, le Bund qui fait référence du marché n'en finissait plus de s'enfoncer en territoire négatif, engrangeant à nouveau des records quasiment à -0,5%.