Les salaires belges sont toujours un peu plus chers que ceux des pays voisins. La meilleure productivité des travailleurs réduit cependant ce handicap, selon les calculs du Conseil central de l'Économie (CCE). Un salarié belge coûte-t-il plus cher qu'en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas? "Oui", répondent les patrons. "Non, bien au contraire", rétorquent les syndicats. Le débat est éternel et même le Conseil central de l'Économie ne peut y apporter de réponse définitive, à en croire son nouveau rapport sur les salaires.

L'handicap absolu des coûts salariaux, soit le coût salarial en Belgique comparé à celui des pays voisins, a atteint 12,6% dans le secteur privé en 2017, d'après le CCE.

Mais, corrigé par le niveau de productivité des travailleurs, c'est-à-dire l'évolution de la valeur ajoutée qu'ils créent par heure, ce handicap salarial n'atteint plus qu'1,2%. Les patrons relativisent cependant ce constat. Avec de nombreuses et coûteuses machines, l'avantage en productivité est logique. Encore faut-il les acheter, argumentent-ils ainsi.

Si l'on examine les diminutions de cotisations patronales et les subsides salariaux, comme par exemple le taxshift, on s'aperçoit que les salaires ont même progressé 2,5% moins rapidement qu'en France, aux Pays-Bas et en Allemagne.

Le Conseil central de l'Économie est chargé de fixer dans quelle mesure les salaires pourront augmenter dans les deux années à venir (2019 et 2020). Cette norme est de 0,8%. Un taux auquel le CCE est arrivé à l'issue d'une procédure très complexe qui tient compte de toute une série de corrections et de mécanismes de sécurité.

Ceux-ci ont été intégrés par le gouvernement Michel afin d'éviter que l'handicap salarial ne progresse à nouveau, par exemple à cause d'une inflation plus importante que prévue en Belgique ou d'une évolution des salaires plus basse qu'attendue dans les pays voisins.

Concrètement, le Conseil prévoit que ces derniers y progressent de 5,6% dans les deux années à venir. Les salaires en Belgique doivent dès lors être en ligne avec cela. Une partie du processus se déroule déjà automatiquement avec l'indexation. Celle-ci devrait être de 3,8% selon les prévisions.

Il reste donc en principe une marge d'1,8%. C'est alors qu'interviennent les corrections supplémentaires et les mécanismes qu'a introduit le gouvernement fédéral. "Logiciels de trucage", comme les surnomment les syndicats.

D'après le CCE, les salaires en Belgique ont progressé l'an dernier 0,9% plus vite depuis 1996 que dans les pays voisins. Un phénomène dû à des chèques-repas, des écochèques et des bonus plus onéreux. Le calcul ne tient toutefois pas compte des subsides salariaux et des diminutions de cotisations patronales. Ces deux données avaient par contre déjà été incluses précédemment, en insérant une marge de sécurité de 0,5% dans le précédent accord salarial.

En tenant compte de cette ancienne marge de sécurité et d'une nouvelle qui doit être intégrée à l'accord en cours de négociation, la norme n'est dès lors plus que de 0,8%.

Toujours d'après les calculs des experts du Conseil central de l'économie, le taxshift du gouvernement a fait reculer d'1,6% le handicap salarial avec la France, l'Allemagne et les Pays-Bas.

Enfin, le CCE a analysé l'écart salarial homme-femme. En 2014, celui-ci était de 20,6% sur base annuelle. Ce qui constitue une légère baisse par rapport aux années précédentes. Ce chiffre ne tient pas compte des différences de genre, comme le fait que les femmes travaillent plus souvent à temps partiel et davantage dans des secteurs avec moins de contrats à temps plein.

Si l'on considère cette différence dans les heures travaillées, l'écart de rémunération de 2014 n'est plus que de 7,6%. En d'autres termes: les hommes gagnent en moyenne 7,6% de plus par heure que les femmes.