"Archegos", "margin calls", "swaps", "family office"... Petit glossaire du dernier grand scandale en date de la finance mondiale, parti de Wall Street et qui chamboule de grand noms tels que Credit Suisse et Nomura.

Archegos, quésaco?

En grec ancien, Archegos signifie "celui qui ouvre la voie", un nom qui peut sembler ironique après la lourde sortie de route de ce "family office", un gestionnaire de patrimoine privé gérant ici la fortune familiale de son fondateur Bill Hwang.

Ces fonds d'investissement évoluent dans une zone grise pour les régulateurs financiers américains dans la mesure où ils ne gèrent pas l'épargne du grand public et ont obtenu de ce fait des exemptions à certaines réglementations imposées après la crise de 2007-2008.

Certains appellent donc à serrer la vis: "Comme nous venons de le vivre, la chute d'un important family office peut causer de lourds dégâts à nos marchés financiers", a affirmé Dan Berkovitz, commissaire à l'autorité de régulation des marchés à terme et des produits dérivés (CFTC).

D'autant que les "family offices" ont pris de l'ampleur ces dernières années, représentant désormais près de 6.000 milliards de dollars d'actifs sous gestion dans le monde en 2019 selon un rapport de la prestigieuse école privée de management, Insead, cité par le Financial Times.

Qui est l'homme derrière le scandale ?

Bill Hwang, financier sud-coréen de 57 ans et fondateur d'Archegos, est dépeint par la presse anglo-saxonne comme un fervent chrétien, milliardaire, et adepte de la prise de risques débridée avec effets de levier afin de réaliser des profits substantiels.

Après avoir émigré aux Etats-Unis et effectué ses études en Californie, il a été pris sous l'aile du célèbre patron du fonds spéculatif Tiger Management, Julian Robertson, avant d'être mêlé à une affaire de délit d'initiés quelques années plus tard.

Que sont ces "swaps" au cœur de la tempête ?

Montrés du doigt, les "total return swaps" sont des produits dérivés ayant permis aux courtiers intermédiaires d'Archegos, les banques d'investissement, d'acheter des actions en Bourse à sa place.

"Le rendement net de la détention de ces actions va ensuite être au bénéfice" d'Archegos, précise Eric Dor directeur des études économiques à l'IESEG School of Management, "en échange d'une prime déterminée au départ" et payée par le fonds. En revanche, si les titres reculent en Bourse, les pertes pour le fonds peuvent être considérables.

Archegos a conclu ce type d'accord avec plusieurs des plus grosses banques d'investissement, dont Goldman Sachs, Morgan Stanley, et Credit Suisse... sans que celles-ci n'aient connaissance de l'exposition totale aux entreprises concernées.

C'est l'un des principaux griefs contre ces produits, "sources d'opacité", affirme M. Dor. Ils "permettent de cacher l'exposition réelle (...) à des actions, puisque celles-ci sont au bilan du courtier principal".

"Si chacune des banques avait su qu'Archegos faisait la même chose avec d'autres, aucune n'aurait accepté", ajoute auprès de l'AFP Andrew Beer, Managing partner de Dynamic Bet Investments à New York.

Pourquoi des "margin call"?

Popularisé par le film du même nom en 2012, "l'appel de marge" décrit justement le moment où l'intermédiaire, ici les banques d'investissement, subit des pertes importantes sur la chute d'un titre et réclame des fonds à son client pour les éponger.

Le déclenchement de ventes massives d'actions semble avoir été la lourde chute du titre ViacomCBS en Bourse fin mars, une entreprise à laquelle Archegos était fortement exposé.

"Une fois que le prix de l'action descend et qu'Archegos ne peut pas couvrir l'appel de marge et de potentielles pertes, cela devient le problème" des banques, détaille Andrew Beer.

Ne recevant pas suffisamment de fonds en retour, les banques se sont retrouvées entre deux choix: se coordonner pour vendre progressivement les titres qu'elles détenaient dans leur portefeuille... ou tenter de faire cavalier seul pour afficher le moins de pertes possibles.

Credit Suisse, Nomura et UBS touchés

"La vente en catastrophe" a alors démarré, relate le Wall Street Journal, affirmant que Goldman Sachs et Morgan Stanley ont tiré les premiers, ce qui leur aurait permis d'enregistrer des pertes négligeables par rapport à leurs consœurs.

La plus touchée, Credit Suisse, a annoncé une charge de 4,4 milliards de francs suisses (3,9 milliards d'euros) et le départ de deux cadres dirigeants après ce scandale.

Sa compatriote UBS a aussi été touchée, essuyant des pertes de 774 millions de dollars. Au niveau de ses comptes, les pertes sur ce fonds ont réduit son bénéfice net de 434 millions de dollars au premier trimestre.

Le japonais Nomura a quant à lui essuyé une perte exceptionnelle d'environ deux milliards de dollars sur son exercice écoulé 2020/21, après la débâcle d'Archegos, qui devrait par ailleurs encore lui causer une perte d'environ 570 millions de dollars sur son nouvel exercice 2021/22.