Ce jeudi 25 avril, Microsoft a marqué de son empreinte le monde de la finance en dépassant, à l’ouverture de Wall Street, les 1000 milliards de capitalisation boursière. Le géant de l'informatique est la troisième entreprise à franchir ce seuil, considéré par certains comme un cap symbolique. L'information a très rapidement fait le tour de la toile, affolant à la fois les experts en la matière et les geeks mordus de finance. Mais au fond, un groupe informatique avec une telle valeur boursière, qu'est-ce que cela signifie?


1.000,7 milliards de dollars. Telle est la valeur boursière atteinte, ce jeudi, par le géant de l’informatique Microsoft qui renaît littéralement de ses cendres. L’entreprise semblait à la traîne jusqu'il y a peu, dans l’ombre des Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon). 1.000,7 milliards de dollars, un chiffre à la fois mirobolant et insignifiant tant, justement, il est hors de portée pour le commun des mortels. Pourtant, l’information a circulé partout dans le monde. Pourquoi? S’agit-il d’un cap purement symbolique qui n’intéresse que les aficionados de la finance ? Ou est-ce un élément dont l’impact dépasse les couloirs de la Bourse mondiale et qui prédit l’ère des monopoles d’entreprises, celles des nouvelles technologies? A moins qu'il ne s'agisse de tout cela à la fois...


Pour Bruno Colmant, professeur d'Économie à l’UCL, ce chiffre n’est pas anodin. “1000 milliards de dollars, c’est 1/100 du PIB mondial, deux fois et demi celui de notre pays, 5% du PIB américain. C’est donc gigantesque et cela démontre, s’il le fallait encore, que nous entrons dans un monde de monopoles. Dans le passé, le monopole était cassé mais ces entreprises évoluent au point d'atteindre une situation de monopole de fait. Et c’est le cas aujourd’hui”. Pour Paul Jorion, cette information a plus une valeur symbolique qu’autre chose. L’économiste français (qui est également anthropologue) ne minimise pas le poids de l’entreprise sur l’échiquier mondial mais rappelle qu’il n’est pas inintéressant de comparer les chiffres de Microsoft avec les autres capitalisations si l’on veut davantage comprendre les enjeux derrière les chiffres, notamment l’importance du contexte qui influence de telles évolutions boursières. Mais à l’heure où les mots “crise” et “économie" semblent parfois ne faire plus qu’un, comment une information pareille peut-elle être interprétée? Paul Jorion persiste et signe : “la capitalisation boursière n’est pas un facteur qui a du sens en soi, c’est une variable indépendante qui ne vaut rien si elle est prise seule”.

Bruno Colmant estime quant à lui que les TIC deviennent tout simplement incontournables, ce cap symbolique pouvant d’ailleurs être dépassé au fil des évolutions dans le domaine. “Microsoft démontre également qu'elle revient sur le devant de la scène, malgré ce que l'on en disait, car peu d'experts avaient anticipé ce comeback assez détonant”.

“La Belgique devrait songer à nommer un ambassadeur auprès des Gafa”

Doit-on s’attendre à une mauvaise surprise, à un impact négatif pour le citoyen lambda? Pour Bruno Colmant, la réponse ne peut qu’être négative s’agissant de Microsoft, une entreprise plutôt saine d’un point de vue éthique et qui porte, selon l’économiste, un projet sociétal que personne ne doit omettre.

Quid du contexte socio-politique? Microsoft et les géants qui représentent les GAFA peuvent-ils avoir un impact d’un point de vue politique par exemple? Nos deux experts sont unanimes : la valeur de ces entreprises leur donne autant de poids que certains Etats, voire plus, selon Paul Jorion. “Cet élément, c'est l'opinion publique qui le dénote, avec parfois une incompréhension qui nourrit une certaine crainte. Toutefois, il ne faut pas considérer Microsoft comme un lobby. Microsoft, comme toute entreprise, a son propre lobby mais n'est pas à considérer comme tel mais plutôt comme un corps diplomatique. Et plus il est important, plus il pèse lourd dans les discussions”. Bruno Colmant estime même que ces entreprises jouent parfois le rôle de contrepartie d'un Etat. “La Belgique devrait d’ailleurs songer à nommer son propre ambassadeur auprès des Gafa comme cela existe au Danemark. On ne peut plus faire sans ces entreprises d’autant plus que les TIC font partie intégrante de notre vie. Il faut établir un lien et un ambassadeur permettrait d'avoir des échanges transparents, sans devoir passer par des lobbys. Une idée à creuser pour le prochain gouvernement? “ Pourquoi pas, ce serait une excellente chose en tout cas!”