Au fil des années, certaines rues sont devenues mythiques. D'Hollywood Boulevard aux Champs-Elysées en passant par Abbey Road, elles ont développé une aura et une histoire unique. Dans le monde de la finance, une rue en particulier s'est hissée au rang d'épicentre de l'activité économique américaine et mondiale : Wall Street.

"La rue des Wallons"

Nichée au sud de l'île de Manhattan, là où convergent l'Hudson et l'East River, la rue connue sous le nom de Wall Street apparaît en 1626. Elle se situe sur le territoire de la Nouvelle-Amsterdam, propriété (comme son nom le laisse deviner) des colons néerlandais. Au XVIIe siècle, les Pays-Bas traversent leur Siècle d'Or, marqué par une prospérité politique, économique et artistique. Leur présence en Amérique aux côtés des colons anglais et français n'a donc rien de surprenant.

Portrait de Pierre Minuit, gouverneur de la Nouvelle-Amsterdam. © Library of Congress, Washington, D.C

En 1626, le nouveau gouverneur de la région est un certain Pierre Minuit, un Wallon. S'il est né en Allemagne (sa famille ayant dû fuir les persécutions espagnoles), il est originaire de Tournai. A son arrivée au Nouveau Monde, il comprend très vite l'intérêt que représente l'île de Manhattan. Il décide donc de la racheter aux indigènes de l'époque contre un peu plus de 60 florins, une opération en or.

"The Purchase of Manhattan", tableau réalisé en 1910 par Alfred Fredericks. © Alfred Fredericks

Et Wall Street, dans tout ça ? Tout comme Pierre Minuit, de nombreux Wallons fuient à l'époque leur région natale et décident d'entreprendre la traversée vers l'Amérique. Ils sont si nombreux qu'ils finissent par occuper une rue entière, qui est alors baptisée "Waal Straat", Waal signifiant Wallon en néerlandais.

Carte de la Nouvelle-Amsterdam en 1660. Wall Street est à l'extrême droite, au bord du mur d'enceinte. © New-York Historical Society Library

Lorsque les colons anglais s'emparent de l'île en 1664, ils vont donner un accent plus anglophone aux lieux. La Nouvelle-Amsterdam est ainsi baptisée New York, et la "Waal Straat", qui était entourée par un mur afin de repousser les colons, est renommée "Wall Street", Wall signifiant mur en anglais.

Naissance du New York Stock Exchange à l'ombre d'un platane

Il faudra toutefois attendre plus d'un siècle avant de voir Wall Street se muer en place financière. Le 17 mai 1792, 24 agents de change signent le Buttonwood Agreement, en référence au platane (Buttonwood tree) sous lequel ils se réunissaient. Dans les grandes lignes, cet accord définit un taux de commission unique pour toutes les transactions, et précise que les 24 signataires n'échangeront des titres qu'entre eux. Un cadre qui devait permettre d'éviter ce qui fut l'une des premières (mais pas la dernière) crises financières, causées quelques semaines plus tôt par William Duer (mais ça, c'est une autre histoire).

“The Signing of the Buttonwood Agreement in 1792” de Vincent Maragliotti, peinture murale affichée au septième étage du New York Stock Exchange. © New York Stock Exchange

Cet accord jettera les premières bases qui mèneront, en 1817, à la fondation du New York Stock & Exchange Board, c'est-à-dire la Bourse de New York, installée alors au numéro 40 de la Wall Street. La place boursière va rapidement progresser, notamment à la fin du XIXe siècle avec l'arrivée de l'indice Dow Jones Industrial Average. A la sortie de la Grande Guerre en 1918, Wall Street devient la première place boursière à l'échelle mondiale.

Wall Street, poids lourd mondial

Aujourd'hui, le New York Stock & Exchange Board (alias Wall Street, devenu le terme générique pour qualifier la Bourse) abrite les indices boursiers les plus prestigieux et les plus scrutés du pays (et du monde) : le Dow Jones, le Nasdaq, le S&P 500.

Le New York Stock Exchange. © Shutterstock

Et 228 ans après sa création, les statistiques du NYSE ont de quoi faire tourner la tête. En 2019, le site Le Revenu indiquait qu'il restait de loin le leader mondial de la finance, avec "des échanges quotidiens de 123 milliards [de dollars] en moyenne et une capitalisation totale d’environ 30 000 milliards de dollars – plus de 10 fois celle de la Bourse de Paris."