La Commission européenne a durci mardi son bras de fer avec la coalition populiste au pouvoir en Italie en rejetant son projet de budget 2019, une première dans l'histoire de l'UE, a-t-on appris auprès d'une source européenne.

La décision de Bruxelles de rejeter mardi le projet de budget 2019 de l'Italie "ne change rien", a assuré Matteo Salvini, vice-Premier ministre, à des journalistes italiens pendant un déplacement en Roumanie. "Que ces messieurs de la spéculation se rassurent, on ne retourne pas en arrière", a déclaré M. Salvini, patron de la Ligue (extrême droite) et homme fort du gouvernement de coalition avec le Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste).

"Ils ne sont pas en train de s'attaquer à un gouvernement mais à un peuple. Ce sont des choses qui mettent les Italiens encore plus en colère et après on se plaint que la popularité de l'Union européenne soit au plus bas", a-t-il ajouté.

"Une déviation claire, nette, assumée"

Le gouvernement italien "va ouvertement, consciemment à l'encontre des engagements pris", a déclaré mardi à Luxembourg le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis, en annonçant le rejet du budget de l'Italie.

"Nous ne sommes pas face à un cas borderline mais face à une déviation claire, nette, assumée et par certains, revendiquée", a renchéri le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, lors de cette conférence de presse à Strasbourg.

Confirmant que ce rejet constituait une première, M. Dombrovskis a précisé que Rome disposait d'un délai de trois semaines pour réviser sa copie.

Alors que le précédent gouvernement de centre gauche avait promis un déficit public de 0,8% du PIB en 2019, Rome prévoit désormais d'atteindre 2,4% l'an prochain, puis 2,1% en 2020 et 1,8% en 2021.

La dette la plus élevée après la Grèce

Quant à la dette publique, actuellement à quelque 131% du PIB, soit le ratio le plus élevé de la zone euro après la Grèce, Rome a promis de la ramener à 126,5% en 2021.

Lors d'une conférence de presse mardi après-midi à Strasbourg, le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, va demander à l'Italie "de réviser son budget", qui sort largement des clous européens, a déclaré cette source à l'AFP.

Rome dispose désormais de trois semaines pour élaborer un nouveau budget. Le Premier ministre Giuseppe Conte a déjà fait savoir qu'il n'avait pas de "plan B" et ne pas vouloir modifier de manière substantielle son projet de budget 2019.

"Une décision difficile mais nécessaire"

Dans une lettre de quatre pages, le gouvernement souligne qu'il savait que ce budget n'était "pas en ligne avec les normes du Pacte de stabilité et de croissance".

"C'était une décision difficile mais nécessaire à la lumière du retard pour retrouver le niveau de PIB d'avant la crise et des conditions économiques dramatiques dans lesquelles se trouvent les couches les plus désavantagées de la société italienne", assurait l'Italie.

Dans le même temps, les chefs de file du gouvernement italien avaient aussi réaffirmé l'engagement européen de leur pays. "Pour l'Italie, il n'y a aucune chance d'Italexit, de sortie de l'Europe ou de l'eurozone", a martelé M. Conte.