Avec des taux d'intérêt déjà très bas, les différentes banques centrales ne disposent que d'une étroite marge de manœuvre. Face à cette situation, Piya Sachdeva, économiste pour Schroders, groupe international de gestion d’actifs, dresse une liste de 6 outils auxquels les institutions bancaires pourraient recourir.

1. Assouplissement quantitatif

"La relance de l’assouplissement quantitatif (QE) est une mesure qui peut être mise en œuvre rapidement. Au plus fort de son utilisation, les bilans de la Fed et de la BCE représentaient respectivement 25 % et 40 % du PIB", explique l'analyste, qui précise : "Mais on pourrait rencontrer une pénurie d’obligations d’État à racheter. La BCE par exemple est soumise à une règle lui interdisant de détenir plus de 33 % d’une dette souveraine. Les banquiers centraux peuvent cependant envisager d’élargir le champ du QE. La FED pourrait ainsi étendre le QE au rachat d’obligations des entreprises, ce que la BCE faisait déjà. La Banque du Japon va encore plus loin en rachetant également des actions et des biens immobiliers."

2. Guidage des anticipations

"Après l’introduction de l’assouplissement quantitatif, le guidage des anticipations (forward guidance) – par l’annonce des mesures que les banques centrales envisagent pour l’avenir – a aidé ces dernières à orienter les prévisions de taux d’intérêt sans pour autant modifier réellement le niveau de ceux-ci", affirme Piya Sachdeva.

Les banques centrales pourraient continuer d'utiliser le guidage des anticipations mais cet outil a également ses limites. 

"En s’engageant sur la politique future, les banques centrales se retrouvent pieds et poings liés. Si les lignes directrices ne font pas l’objet d’un suivi, notamment en ce qui concerne les taux d’intérêt plus élevés, cela peut poser un problème de crédibilité" ajoute-elle, avant de rappeler : "Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a été surnommé "petit ami peu fiable" (unreliable boyfriend) pour avoir changé sa position sur la hausse des taux d’intérêt."

3. Taux d’intérêt différenciés

La rentabilité du secteur bancaire est mise à mal, du fait de la pression sur la marge d'intérêt, par les taux négatifs. Surtout pour les banques les plus dépendantes du financement des dépôts. 

Ainsi, "la BCE envisage actuellement un taux de dépôt négatif différencié. De cette façon, elle limitera les taux d’intérêt négatifs aux seuls dépôts excédentaires déposés à la banque centrale, ce qui soutiendra la rentabilité des banques tout en permettant de maintenir plus longtemps une politique monétaire à taux d’intérêt bas", explique Piya Sachdeva.

4. Objectifs d’inflation

Au cœur des débats, en Europe comme ailleurs, l'inflation. Lorsque celle-ci est durablement basse, les banques centrales peuvent la Fed envisage par exemple un objectif d'inflation moyen aussi "revoir le cadre". "Cela permettra de maintenir les prévisions d’inflation, même si l’inflation est temporairement inférieure à la cible", détaille l'économiste de chez Schroders.

5. Courbe de rendement

Autre levier à disposition des banques centrales, la courbe de rendement. En la contrôlant, comme l'avait fait la Banque du Japon en 2016, cette modification de l'assouplissement quantitatif avait permis de "diminuer ses rachats d’obligations d’État tout en maintenant les taux d’intérêt à un niveau bas. Cette stratégie a contribué à rendre le QE plus durable. Cette option a aussi suscité l’intérêt des États-Unis", avance l'analyste.

6. Planche à billets

Dernière solution à disposition des banques centrales, faire tourner la planche à billets et distribuer directement la monnaie créée. "C’est comparable à une monétisation de la dette souveraine, mesure par laquelle les banques centrales financent directement le gouvernement. Cette pratique est actuellement encore interdite pour la plupart des banques centrales. Elle nécessite une coordination monétaire et budgétaire. Outre les problèmes d’inflation, l’hélicoptère monétaire constitue une grave menace pour la discipline budgétaire et l’indépendance de la banque centrale. Dans la pratique, une politique monétaire accommodante aide les gouvernements à emprunter à des taux avantageux et la dette publique est en fait déjà financée", conclut Piya Sachdeva.

Outre ces maigres options, l'économiste insiste sur le fait que, lorsque surviendra le prochain ralentissement économique, "la solution devra venir de la politique budgétaire du gouvernement. La plupart des économies développées disposent d’une certaine marge de manœuvre à ce niveau. Les banquiers centraux ont prouvé leur capacité à faire preuve de créativité en ce qui concerne la politique monétaire et font plus que simplement baisser ou relever les taux d’intérêt. (...) Compte tenu des contraintes politiques et de la marge de manœuvre budgétaire limitée, il s’agit d’un défi de taille pour la zone euro."