La Banque centrale européenne est attendue jeudi pour décider un paquet de mesures visant à stimuler l'économie, alors que ses marges de manoeuvre restreintes l'obligent à faire preuve d'imagination.

Voici les principales actions envisagées ou déjà annoncées.

  • Baisse des taux

La BCE a beau maintenir ses taux directeurs à leur plancher historique depuis mars 2016, elle peut les abaisser encore tant que leur niveau n'est pas jugé contre-productif pour l'économie.

La piste privilégiée vise le taux "de dépôt" frappant les liquidités excédentaires des banques, déjà négatif, pour le porter de -0,40% à -0,60%, soit dès jeudi, soit en plusieurs étapes d'ici la fin de l'année.

L'idée est de dissuader plus vigoureusement les banques de laisser leur excès de trésorerie au guichet de la BCE, pour les encourager plutôt à les prêter aux ménages et aux entreprises.

La BCE ne devrait cependant pas toucher à son taux "de refinancement", naguère son principal instrument, qui permet aux banques de se financer sur une semaine et campe à 0% depuis trois ans.

  • Taux dégressifs

Tandis que les banques disent souffrir des taux négatifs, qui rognent leurs marges, la BCE se prépare à compenser ces effets défavorables, en recourant au système de paliers ou "tiering" déjà en vigueur en Suisse ou au Japon.

Le taux moyen facturé aux banques sur leurs dépôts excédentaires serait donc bien inférieur au taux de référence, puisque ce prélèvement "marginal" ne toucherait plus qu'une fraction des dépôts.

De quoi réduire d'environ de moitié la facture annuelle sur ces liquidités en excès, estimée à environ 7,5 milliards d'euros en 2018 et principalement supportée par les banques allemandes et françaises, estime Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet.

  • Prêts géants aux banques

La BCE a offert entre 2014 et 2016 aux banques la possibilité d'emprunter d'énormes liquidités à des taux très avantageux dans le cadre des programmes TLTRO I et II, à condition qu'elles prêtent à leur tour cet argent aux ménages ou aux entreprises.

Les banques, en particulier les membres les plus fragiles du secteur en Italie, avaient sauté sur l'occasion.

La BCE s'apprête désormais à lancer en septembre une troisième série de ces prêts, étalés en sept vagues jusqu'en mars 2021, avec chaque fois une échéance de deux ans. Les conditions ont été légèrement durcies par rapport au passé, avec des taux variant de -0,30% à +0,10% selon la quantité de crédits redistribués par chaque banque dans l'économie.

  • Nouveau "QE", nouvelles conditions ?

Enfin, la mesure faisant le plus débat vise la réactivation des rachats de dette publique et privée, une puissante arme anti-crise baptisée "QE" pour "Quantitative Easing", et déployée entre mars 2015 et fin 2018.

Pendant cette période, l'institut a acquis environ 2.600 milliards d'euros de dette et continue à réinvestir ce stock pléthorique de titres à leur échéance, pour maintenir de bonnes conditions financières sur les marchés.

Déclencher un "QE 2" apparaît "la réponse politique naturelle, en l'absence d'un rebond soutenu des anticipations d'inflation", selon M.Ducrozet. La hausse des prix est de fait encore loin du niveau légèrement inférieur à 2% visé par la BCE, une situation appelée à perdurer.

Mais l'institut de Francfort pourrait devoir ajuster les règles du "QE", en passant à 50% la proportion maximale de dette achetée par pays, estime M. Ducrozet. Car la limite actuelle, à 33%, est atteinte dans certains cas, en Finlande et aux Pays-Bas, et presque atteinte pour les emprunts allemands à 10 ans, ajoute UniCredit.

Le sujet est délicat alors que la Cour constitutionnelle allemande doit encore se prononcer sur la validité du "QE", des eurosceptiques voulant faire établir qu'à travers cet outil, la BCE a violé l'interdiction de financer les Etats. En décembre 2018, la Cour de justice européenne, saisie par le juge suprême allemand, avait estimé le dit programme conforme au droit européen.