Le 28 juin, la Commission européenne annonçait qu'au bout de 20 ans de négociations, un accord commercial était conclu entre l'Europe et les quatre pays sud-américains du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), portant sur la libéralisation des échanges sur des produits agricoles, automobiles, chimiques, pharmaceutiques, des équipements industriels mais aussi des services.

Il prévoit de soit supprimer ou réduire fortement les droits de douane sur les importations de biens dans les deux sens, soit d'augmenter les quotas d'importations de certains produits. Une clause de sauvegarde a été négociée. En cas de dommage économique créé par "une augmentation imprévue et significative des importations dans un secteur", elle donnera des garanties de protection face à la concurrence du secteur homologue.

Depuis cette annonce, les réactions virulentes se sont enchaînées. Les syndicats agricoles européens, des centaines d'ONG, les partis de gauche et écologistes (mais pas que) ont manifesté leur colère et leur désapprobation face à ce qu'ils considèrent comme une menace pour la planète ou leur activité. Sans compter la position très tiède de plusieurs États membres (Belgique, France, Irlande, Pologne...). Seuls les constructeurs automobiles européens ont applaudi.

Pourtant, l'accord est loin, très loin d'être ratifié. Le texte, qui n'a encore été signé par personne, doit d'abord être réécrit afin d'être juridiquement conforme aux conventions internationales. Ensuite, il devra être voté par les parlements nationaux de chaque État membre de l'Union européenne et des pays du Mercosur. Il sera également soumis au vote du Parlement européen et signé par tous les gouvernements des pays concernés. Un vrai parcours du combattant qui devrait prendre environ deux ans. Quand bien même ce long processus serait mené à bien, les termes de l'accord UE-Mercosur prévoient que sa pleine mise en œuvre s'étalera sur quinze ans, pour laisser le temps aux économies de s'adapter.

L'Europe a-t-elle raison de conclure un nouvel accord commercial de grand export ? Qui seraient, des Européens et des Sud-Américains, les gagnants et les perdants ? Éclairage économique de Sebastian Santander, professeur de Sciences politiques et de Relations internationales à l'ULiège. Fin connaisseur du dossier, il suit les négociations entre l'Europe et le Mercosur depuis leurs débuts.

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