Unicredit, premier groupe bancaire italien, se prépare à répercuter l'impact des taux d'intérêt négatifs sur les dépôts bancaires supérieurs à 100.000 euros dès 2020, a annoncé mercredi Jean-Pierre Mustier lors d'un entretien sur BFM Business.

"De plus en plus, ces taux négatifs vont être passés aux clients qui ont de gros dépôts", a affirmé le patron d'Unicredit, pour qui le seuil de "liquidités importantes" se situait "au-delà de 100.000 euros de dépôt" bancaire.

"Nous travaillons à une mise en place dans les différents pays où nous sommes présents, pour que ceci soit en place dès l'an prochain", a affirmé M. Mustier, qui avait rappelé peu avant qu'Unicredit était "la troisième banque allemande" ainsi que "la première" en Autriche et en Europe de l'Est.

"Dès 2020, il faut s'attendre à un certain nombre d'actions qui pourraient être réalisées", a-t-il confirmé.

"Il faut protéger l'ensemble des clients des banques les plus vulnérables, ceux qui sont couverts par la garantie des dépôts, et ensuite au cas par cas, on peut considérer passer les taux négatifs aux grandes entreprises ou à certains grands clients en offrant un certain nombre d'alternatives", telles que "d'investir dans des fonds de trésorerie" ayant "des objectifs de rendement proches de zéro plutôt que d'avoir un taux négatif en dépôt".

"C'est une alternative qui est tout à fait acceptable", a-t-il estimé.

Si Unicredit est le premier grand groupe bancaire européen à faire une telle annonce, en Allemagne, un pays d'épargnants où la baisse des rendements des placements suscite régulièrement la polémique, des établissements bancaires de plus petite taille avaient déjà annoncé taxer leurs clientèles professionnelle et de particuliers.

Ces décisions sont présentées comme la conséquence de la politique de taux bas menée par la Banque centrale européenne (BCE). Lors de sa dernière réunion de politique monétaire de septembre, cette dernière a décidé d'augmenter le taux négatif appliqué aux dépôts fait à son guichet par les banques privées et excédant un certain niveau, en le portant de -0,40% à -0,50%, tout en laissant la porte ouverte à d'autres baisses de taux.

Prenant conscience que cette situation allait peser durablement sur leur rentabilité, les établissements bancaires européens réfléchissent à reporter cet effet sur leurs clients, certains l'effectuant déjà sur les grandes entreprises et institutions.

S'il "faut accepter" la décision de la BCE, "derrière, il faut faire en sorte de pousser la logique jusqu'au bout: les taux négatifs ne doivent pas s'arrêter dans le bilan des banques", a argué M. Mustier.