La panique a de nouveau saisi Wall Street mercredi, les investisseurs s'alarmant des conséquences sur l'économie du coronavirus malgré les centaines de milliards mis sur la table par les autorités pour atténuer le choc de l'épidémie.

Son indice vedette, le Dow Jones Industrial Average, a plongé de 6,30% à 19.898,92 points après avoir perdu jusqu'à 10,9% en cours de séance.

Il est ainsi tombé temporairement sous le niveau auquel il évoluait le jour de l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, le 20 janvier 2017. Une mauvaise nouvelle pour le locataire de la Maison Blanche, qui faisait jusqu'à récemment de la bonne santé de l'économie américaine et des marchés financiers un de ses principaux arguments de campagne.

Le Nasdaq, à forte coloration technologique, a chuté de 4,70% à 6.989,84 points.

L'indice élargi S&P 500 a perdu 5,18% à 2.398,10 points.

Signe de l'extrême fébrilité des investisseurs, les échanges ont été interrompus pendant quinze minutes en cours de séance quand le S&P 500 a lâché 7%, déclenchant automatiquement un mécanisme d'interruption des échanges censé permettre aux acteurs du marché de reprendre leurs esprits.

C'est la quatrième fois que ce mécanisme appelé "coupe-circuit" est utilisé depuis lundi dernier.

L'augmentation du nombre de cas de contaminations de coronavirus, la maladie ayant touché désormais plus de 200.000 personnes dans le monde, et les mesures drastiques de confinement imposées un peu partout, affolent les investisseurs depuis plusieurs séances.

Mais c'est désormais "devenu plus une crise de confiance dans l'administration Trump qu'autre chose", estime Gregori Volokhine de Meeschaert Financial Services

La banque centrale américaine "très active et très puissante", fait tout ce qu'elle peut pour continuer à abreuver les marchés en liquidités de façon à ce qu'ils fonctionnement correctement, souligne le spécialiste.

Et l'administration Trump plaide actuellement auprès du Congrès pour un gigantesque plan de relance économique de 1.300 milliards de dollars.

Le pétrole au plus bas depuis 2002

Mais "les investisseurs ont vu comment ça s'est passé en Italie, en France, avec la quarantaine, et ils comprennent que c'est la seule façon de stopper l'épidémie. Or le gouvernement américain n'ose pas prendre cette mesure et risque en conséquence de prolonger l'agonie", avance M. Volokhine.

Les investisseurs ont aussi été ébranlés mercredi par la vive remontée du taux de la dette des Etats-Unis à 10 ans, signe d'une moindre demande pour cet actif jugé habituellement comme une valeur refuge. Ce dernier évoluait à la clôture à environ 1,2% contre environ 0,7% lundi soir.

"En plus de la débandade sur les marchés boursiers (...), les marchés obligataires un peu partout dans le monde semblent avoir perdu confiance dans la capacité des gouvernements à financer les mesures de soutien budgétaire qu'ils proposent", remarque Carl Weinberg de HFE.

Autre raison pour les investisseurs de s'affoler mercredi: les cours du pétrole ont plongé de 24% à New York, clôturant juste au-dessus des 20 dollars le baril, et de 13% à Londres à environ 25 dollars le baril. Ils sont désormais à leur plus bas niveau depuis respectivement 2002 et 2003.

La major Chevron s'est écroulée de 22% quand ExxonMobil a perdu 10%.

Les compagnies aériennes américaines, qui ont demandé des aides d'urgence pouvant aller jusqu'à 50 milliards de dollars au gouvernement fédéral, ont encore plongé en Bourse mercredi, Delta de 26%, United Continental de 30%, American Airlines de 25% et JetBlue de 20%.

Boeing a pour sa part plaidé en faveur d'une aide de 60 milliards de dollars pour les constructeurs aéronautiques aux Etats-Unis. Son titre s'est effondré de 18%.

"Certaines entreprises, par leur discours, alimentent les inquiétudes et Boeing est l'exemple typique", remarque M. Volokhine.

Le constructeur aéronautique a déjà demandé, et utilisé en partie, une ligne de crédit de 14 milliards de dollars "et demande maintenant 60 milliards de dollars supplémentaires?", s'interroge le spécialiste. "Si Boeing a vraiment besoin de ça, cela augure mal pour toutes les autres compagnies industrielles".