”Les étudiants boivent moins d’alcool qu’ils ne le pensent”

Une nouvelle étude de l’Université d’Anvers vise à faire comprendre aux jeunes que les autres étudiants boivent moins que ce qu'ils pensent. “Si vous pensez qu’une consommation excessive est la norme, alors vous pourrez avoir envie d’imiter ce comportement juste pour vous intégrer", alerte une doctorante.

Les jeunes boivent moins d'alcool que ce qu'ils pensent, selon une étude de l'UAntwerp.
Les jeunes boivent moins d'alcool que ce qu'ils pensent, selon une étude de l'UAntwerp. ©Copyright (c) 2017 Mateone/Shutterstock. No use without permission.

La consommation d’alcool fait partie du folklore étudiant. Il n’est en effet par rare de voir des jeunes guindailler après les cours, ce qui donne l’impression qu’ils boivent énormément. Mais une nouvelle étude menée par l’UAntwerp, en collaboration avec la ville d’Anvers et le centre d’expertise flamand pour l’alcool et les drogues, pourrait bien changer ces perceptions erronées. En effet, selon les conclusions, il apparaît que les jeunes boivent moins que ce qu’ils pensent.

”Les résultats montrent que les étudiants anversois boivent. Mais au final, les chiffres apportent un éclairage différent sur la question”, explique la doctorante Hanna van Roozendaal à plusieurs médias flamands. Pour en venir à cette conclusion, l’experte a interrogé 1.886 étudiants anversois.

La plupart d’entre eux (60,8 %) estiment que l’étudiant moyen boit de l’alcool deux fois par semaine ou plus. Or, 79 % des étudiants boivent en réalité au plus une fois par semaine. De même, 76,6 % des étudiants interrogés pensent que leurs camarades se saoulent chaque semaine, il s’avère que 64,3 % le font au plus une fois par mois. À travers ces résultats, on remarque donc que les jeunes surestiment la consommation d’alcool de leurs pairs.

79% des étudiants interrogés boivent de l'alcool moins d'une fois par mois

Une perception dangereuse

”La perception que les étudiants boivent beaucoup est donc fausse et dangereuse”, explique la doctorante. “Si vous pensez qu’une consommation excessive est la norme, alors vous pourrez avoir envie d’imiter ce comportement juste pour vous intégrer.”

En 2009, des doctorants de l’UCLouvain (à l’époque UCL) avaient mené 8 études pour quantifier la consommation d’alcool chez les jeunes. En tout, près de 7.000 étudiants avaient répondu au questionnaire. Là aussi, il était apparu qu’il y avait “une exagération de la perception que les étudiants ont de la consommation d’alcool de leurs congénères”. Là aussi, l’effet négatif pointé était “une tendance à boire plus pour faire comme les autres”.

Afin de lutter contre ces fausses croyances, la ville d’Anvers a décidé de lancer une campagne à base de mèmes. Ces images virales sur les réseaux sociaux ont pour but de faire comprendre aux jeunes que boire ne fait pas forcément partie de la vie étudiante. Les résultats de cette campagne, nommée “Alcoholfacts” seront analysés au bout de trois mois. Si c’est un succès, cela pourrait être étendu à d’autres villes flamandes.

Mème étudiant (traduction depuis un mème d'alcoholfacts)
Mème étudiant (traduction depuis un mème d'alcoholfacts) ©dr

Quid de la consommation excessive ?

Si les étudiants consomment moins d’alcool que ce qu’ils pensent, est-ce que ça veut dire que tout va bien dans le meilleur des mondes ? Pas vraiment, puisque certains étudiants ont tout de même une consommation problématique, ce que ne nie pas l’étude de l’UAntwerp. Selon les résultats de l’étude de l’UCLouvain, un étudiant sur 8 boit au moins 4 fois par semaine, avec une consommation de 11 verres hebdomadaires. Un étudiant sur 4 pratique le binge drinking (consommer de l’alcool pour être ivre rapidement) 1 fois par semaine. Il apparaît que le profil le plus à risque de surconsommation d’alcool est l’étudiant de sexe masculin, âgé de 18 à 20 ans, résidant en kot et participant activement au folklore étudiant. Selon l’étude, les étudiants ont une vision positive de la consommation d’alcool, vue comme un facteur de socialisation et ce, alors qu’il est prouvé qu’une trop forte consommation nuit aux résultats scolaires et a un impact sur la santé.

Lutter pour une consommation d’alcool responsable est donc bel et bien un combat à mener chez les jeunes, mais chez les adultes également. Du côté des jeunes, des initiatives ont été mises en place par les universités et les communes. Celles-ci rencontrent du succès puisque les étudiants eux-mêmes y participent (citons le projet H2O, qui insiste sur la consommation d’eau pour que la soirée se termine bien). La charte des baptêmes rappelle en outre que la consommation d’alcool doit toujours être laissée au libre choix de l’étudiant. Récemment, une campagne menée par l’Asbl Univers Santé, entendait faire passer quatre messages aux jeunes (mais pas que) : anticiper le retour, alterner avec de l’eau ou des softs, ne pas se forcer ou forcer les autres et manger avant de boire. “On sait que les jeunes ne vont pas s’arrêter de boire de l’alcool car c’est ancré dans l’imaginaire collectif. L’idée de la campagne, c’est de réduire les risques pour la santé malgré la consommation d’alcool “, expliquait à l’époque le directeur Martin De Duve.