Mardi, les deux camps se sont observés sur le «front», figé de part et d’autre d’un pont, à 4 ou 5 km au nord de Sambava. Seuls quelques tirs sporadiques ont résonné dans la brousse alentour, selon des sources militaires.

Devant cette dégradation de la situation, les diplomates tentent toujours de trouver une issue négociée.

Le président sénégalais Abdoulaye Wade et le secrétaire général de l’OUA, Amara Essy, doivent rencontrer mardi soir à Libreville le président gabonais Omar Bongo et le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, pour discuter de la crise malgache.

L’organe central de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits s’était prononcé lundi soir en faveur d’un sommet des chefs d’Etat sur la crise à Madagascar.

Des militaires pro-Ravalomanana ont par ailleurs progressé mardi en direction de Mahajanga, dans le nord-ouest, une autre région sous contrôle de l’administration Ratsiraka, selon des sources militaires.

Ces mouvements dans la conquête des quatre provinces encore aux mains de l’administration Ratsiraka laissent augurer une nouvelle «stratégie de harcèlement et d’intimidation» sur plusieurs fronts.

Il s’agit d’«obliger l’adversaire à diviser ses forces et dégarnir ses bastions», selon un haut responsable du camp Ravalomanana.

«Les deux camps semblent privilégier la voie des armes, nous sommes plutôt pessimistes», estime un diplomate à Antananarivo. Pour lui, l’envoi mardi par les deux camps de nouveaux renforts à Sambava «augure mal de l’avenir».

Les affrontements de dimanche et lundi à Sambava, à l’arme automatique mais sans artillerie, ont fait au moins quatre morts parmi les civils, touchés par des balles perdues, et huit chez les militaires et miliciens du camp Ratsiraka, selon un bilan encore provisoire des gendarmes.

A Sambava, les deux camps ont continué d’envoyer des renforts.

Le camp Ratsiraka a dépêché deux bateaux qui ont quitté le grand port d’Antsiranana (nord) lundi soir et mardi matin. Le camp Ratsiraka a envoyé de son côté deux nouvelles rotations aériennes en provenance d’Antananarivo lundi soir et mardi matin.

L’objectif du camp Ravalomanana est de «sécuriser» Antalaha et Sambava, les deux villes prises samedi et dimanche, et d’y installer leur administration, en étendant leur emprise en direction de Vohemar, à 150 km au nord.

«Je ne crois pas qu’ils aient les moyens d’en finir vite militairement et on s’engage vers des opérations longues qui peuvent dégénérer en combats violents localement», s’inquiète un des experts étrangers.

Ce qui rend, pour lui, plus impératif encore une solution négociée, très hypothétique toutefois.

La région d’Antalaha-Sambava-Vohemar, la Sava, est l’une des plus riches de Madagascar. C’est la première productrice de vanille, l’un des tout premiers secteurs d’exportation du pays.

C’est aussi un «maillon faible» du pouvoir de M. Ratsiraka en province.

Cette région de la grande province d’Antsiranana, laquelle est tenue fermement par l’administration et les militaires ratsirakistes, a majoritairement voté pour M. Ravalomanana à la présidentielle de décembre 2001. (AFP)