Une jeune fille pakistanaise de 14 ans, Malala Yousufzai, connue pour avoir revendiqué dès l’âge de 11 ans le droit à l’éducation des filles, était entre la vie et la mort mercredi après être tombée sous les balles des talibans, dans le bus qui l’amenait mardi à l’école de Mingora, la principale ville de la vallée de Swat.

Les médecins de Peshawar ont réussi mercredi à extraire de l’épaule une balle qui lui a traversé la tête. "L’opération s’est bien déroulée, maintenant elle est mieux", a déclaré en pachtou son père, un directeur d’école, à la BBC. "S’il vous plaît, priez pour elle car les 24 à 48 heures prochaines sont très importantes."

Dans ce pays miné par l’intégrisme religieux, l’histoire de Malala Yousufzai a soulevé une énorme émotion. Des manifestations contre les talibans et des prières ont eu lieu dans plusieurs villes du pays. Et les images de la jeune fille transportée en civière vers l’hôpital ont tourné en boucle sur les postes de télévision pakistanais. De très nombreux messages de soutien sont aussi apparus sur les réseaux sociaux, en provenance du monde entier. "La bravoure de Malala, pourtant si jeune, et la position de principe qu’elle défend, sont une source d’admiration pour nous tous", a souligné la haute représentante européenne Catherine Ashton.

La jeune fille était bien la cible des talibans. Mardi, ils ont arrêté le bus scolaire dans lequel elle se trouvait. Un homme est monté, a demandé si elle était à bord, puis a tiré deux balles sur Malala, l’une à la tête, l’autre à la nuque. Deux autres écolières ont été blessées. Les talibans ont revendiqué cette agression, accusant la jeune fille d’avoir "une mentalité occidentale", de promouvoir la laïcité et de réclamer l’éducation pour les filles, une "obscénité" selon eux. Malala Yousufzai s’était fait connaître en 2009 lorsqu’elle avait entrepris de rédiger un journal sur le site de la BBC, avec un nom d’emprunt, où elle décrivait la vie sous les talibans.

Ceux-ci avaient en effet pris le contrôle de la vallée de Swat en 2007 avant d’en être délogés par l’armée pakistanaise à l’été 2009. "J’avais peur d’aller à l’école", écrit-elle sur son blog au soir du 3 janvier 2009, "parce que les talibans avaient interdit à toutes les filles de suivre les cours. Seulement 11 écoliers étaient présents, sur une classe de 27". Une fois les talibans délogés, elle avait acquis un début de renommée internationale et reçu du Président pakistanais un prix pour la jeunesse. Elle présidait aussi dans sa vallée une assemblée d’enfants soutenue par l’Unicef. "Je veux devenir une femme politique honnête, dévouée et travailleuse car notre pays a besoin désespérément de leaders politiques", avait-elle déclaré l’an dernier à des journalistes.

L’attentat a provoqué un véritable élan national, mais aussi de questionnement, dans le pays. "Nous sommes affligés par le cancer de l’extrémisme et si rien n’est fait pour retirer la tumeur, nous allons glisser encore davantage vers la bestialité", a averti dans un éditorial le quotidien anglophone pakistanais "The News". Le chef de la toute-puissante armée, le général Kayani, a promis que l’armée se battrait jusqu’au bout contre les terroristes. "En attaquant Malala", a-t-il dit, "les terroristes n’ont pas compris qu’elle était non seulement une personne, mais aussi un symbole de courage et d’espoir qui justifie les immenses sacrifices que la population de Swat et la nation ont consentis pour arracher la vallée au fléau du terrorisme".

Le ministre pakistanais de l’Intérieur, Rehman Malik, a indiqué hier soir que les agresseurs avaient été identifiés et seraient conduits devant les tribunaux.