Les îles Galapagos, sanctuaire menacé

La marée noire aux Galapagos, refuge des tortues géantes, a fait ses premières victimes, quatre pélicans morts mazoutés. L’Etat d’urgence a été décrété lundi soir par le président équatorien Gustavo Noboa. La nappe de 600 tonnes de carburant échappé des soutes d’un cargo échoué depuis une semaine devant San Cristobal, qui dérive sur un périmètre de 1.200 km2, a déjà touché les côtes de l’île de Santa Fé.Entretien avec Christiane Linet, présidente-fondatrice du WWF-Belgique, qui a séjourné de nombreuses fois aux Galapagos où elle a notamment assuré la rédaction de la lettre de contact de la station Charles Darwin, à une époque où seuls les chercheurs étaient encore admis dans l'archipel.

PAR XAVIER DUCARME
Les îles Galapagos, sanctuaire menacé
©(AFP)

ENTRETIEN

Christiane Linet est présidente-fondatrice du WWF-Belgique. Elle a séjourné de nombreuses fois aux Galapagos où elle a notamment assuré la rédaction de la lettre de contact de la station Charles Darwin, à une époque où seuls les chercheurs étaient encore admis dans l'archipel.

Pour quelles raisons l'archipel des Galapagos présente-t-il autant d'intérêt?

Parce qu'il s'agit du laboratoire vivant de l'évolution des espèces. L'éloignement de ces îles de toute civilisation et de toutes les routes maritimes les ont toujours préservées de la présence de l'homme. De plus, chacune est séparée de plusieurs quelques dizaines de kilomètres d'océan qui sont toujours restés des barrières infranchissables pour les espèces. Si bien que pour chacune des îles, certains animaux ont évolué différemment. C'est ainsi qu'aux Galapagos, il y a une sorte de pinson différente par îles, ce que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. Pour la même raison, les tortues terrestres ont développé sur leurs carapaces des dessins géométriques tout-à-fait différents d'un point à l'autre à l'autre de l'archipel.

Il ne s'agit pourtant pas du seul archipel isolé de la planète

Non, mais il s'agit sans doute du seul qui soit situé sur l'Equateur et baigné en même temps par le courant de Humboldt, un courant marin froid qui vient du sud. Des eaux froides qui entourent une terre chaude offrent les meilleures conditions d'alimentation possible pour la faune marine.

Quelles sont les menaces qui pèsent actuellement sur l'archipel?

Tout d'abord la pression démographique causée par le développement sans cesse croissant du tourisme. La première fois que je me suis rendue aux Galapagos, au début des années 70, la règle était de loger dans le bateau. L'absence d'eau douce rendait d'ailleurs les séjours très compliqués et seules quelques centaines de personnes vivaient à terre. Aujourd'hui, plusieurs milliers de personnes y vivent et de petits hôtels commencent à y être construits à la faveur de l'installation d'unité de désalinisation. La piste d'atterrissage, qui accueillait encore un avion par semaine il y a quelques années voit défiler aujourd'hui plus d'un appareil par jour. Il y a des routes et des voitures, chose impensable il y a 30 ans. Et l'on voit maintenant pousser des petits magasins, des commerces de souvenirs, etc. Mais, ce n'est rien à côté de la pêche

De la pêche?

L'industrie halieutique de plusieurs pays et tout particulièrement du Japon surexploitent actuellement cette zone très riche en poisson et ce malgré la protestation du gouvernement équatorien qui n'a par ailleurs pas les moyens pour empêcher la présence de ces navires. Les Japonais y pêchent notamment des holothuries et des hippocampes, très appréciés chez eux. Ils y convoitent également les sardines et les baleines.

La zone n'est-elle pourtant pas dûment protégée?

Certainement. Mais cette protection par l'Unesco notamment a toutes les peines du monde à résister aux pressions commerciales qui viennent notamment de la population équatorienne qui a été attirée par le développement touristique et qui vit actuellement sur l'archipel. Ces personnes réclament maintenant le droit de développer leur activité économique et de vivre en conformité avec les exigences de la modernité. Mais ces gens ne se rendent pas compte qu'ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont tous assis. Les hommes politiques sensibles à la conservation de la nature ont d'ailleurs de plus en plus de mal à se faire élire.

© La Libre Belgique 2001