Des missiles pour protéger La Hague

Les autorités françaises ont entamé vendredi le déploiement de dix batteries de missiles sol-air à proximité du centre de retraitement de déchets nucléaires de la Cogema à La Hague (Manche), un site industriel ultra-sensible hébergeant des centaines de kilos de matières nucléaires, uranium et plutonium notamment.

BERNARD DELATTRE

CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS

Les autorités françaises ont entamé vendredi le déploiement de dix batteries de missiles sol-air à proximité du centre de retraitement de déchets nucléaires de la Cogema à La Hague (Manche), un site industriel ultra-sensible hébergeant des centaines de kilos de matières nucléaires, uranium et plutonium notamment. Ces missiles, de type «Crotale», peuvent intercepter des avions volant dans un rayon de 8 kilomètres et à une altitude maximale de 3 000 mètres. Les missiles assureront également la protection de la centrale nucléaire et de l'arsenal de Cherbourg jouxtant le centre de retraitement. Une soixantaine de militaires ont été mobilisés pour leur installation.

Parallèlement, l'armée française a procédé vendredi au déploiement d'avions de chasse Mirage F 1 sur une base militaire située à une trentaine de kilomètres de Brest. Cette initiative est censée assurer l' «homogénéisation de la défense du territoire» national. Il faut savoir en effet que, jusqu'à présent, la plupart des bases militaires de l'armée de l'air étant situées dans l'est du pays (à Creil, Reims, Cambrai, Dijon ou Orange), l'ouest de l'Hexagone était très mal desservi en matière de défense aérienne. Ainsi, la couverture radar à basse altitude y était notoirement lacunaire.

«PRINCIPE DE PRÉCAUTION»

La mise en oeuvre de ce plan s'insère dans un programme plus vaste de sécurisation des sites civils et militaires dits «d'intérêt national»

Parmi lesquels les 58 centrales nucléaires, les 220 barrages hydroélectriques et les grandes installations industrielles du pays, autant d' «infrastructures dont la percussion par un aéronef lourd provoquerait le plus de dommages à la population» dixit le ministre de la Défense Alain Richard. Qui, hier, a pris soin de préciser que le déploiement des Crotale et Mirage relevait «du principe de précaution» exclusivement. Traduction: il ne traduit «en aucune façon l'existence d'une menace avérée» contre la France.

Il n'empêche, ces mesures ont évidemment frappé les esprits, dans un pays où, malgré la mobilisation de 000 agents des forces de l'ordre dans le cadre du plan «Vigipirate», 80 pc des habitants disent craindre des attentats terroristes imminents. Ce renforcement du dispositif sécuritaire mis en place le 11 septembre survient aussi après une polémique sur l'impréparation présumée de la France au terrorisme nucléaire, biologique et chimique.

Enfin, pour mémoire, il accompagne la mise en état d'alerte des avions d'interception Mirage 2000 (prêts à décoller en deux minutes), la mise en place d'un nouveau plan de lutte contre le bioterrorisme (Biotox), le renforcement de la sécurité du transport aérien et le durcissement, en cours, de l'arsenal législatif anti-terroriste.

© La Libre Belgique 2001