Verhofstadt débouté comme... Castro

Candide le Brésilien Candido Grzybowski ? Ce spécialiste du monde rural rêve en tout cas de rebâtir un nouveau corpus de valeurs à travers le Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre. En attendant, il est une des chevilles ouvrières de la grand-messe antimondialisation. Entretien.

PAR RACHEL CRIVELLARO
Verhofstadt débouté comme... Castro
©EPA

ENTRETIEN

A PORTO ALEGRE

Candide le Brésilien Candido Grzybowski ? Ce spécialiste du monde rural rêve en tout cas de rebâtir un nouveau corpus de valeurs à travers le Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre. En attendant, il est une des chevilles ouvrières de la grand-messe antimondialisation.

Pourquoi refuser de laisser parler le Premier ministre belge Guy Verhofstadt au Forum?

Depuis cette annonce, on tente d'accréditer, via les médias, l'idée qu'il s'agit d'un veto autocratique du comité d'organisation du FSM. La vérité, c'est qu'il existe des critères qui sont valables pour tout le monde. Nous avons décliné la demande de Fidel Castro sur base de ces mêmes critères. C'est ce que j'ai expliqué à la personne du cabinet de M. Verhofstadt qui m'a téléphoné le 30 janvier. Ses services m'ont soutenu qu'il avait reçu une invitation. Ils ont avancé plusieurs noms du comité d'organisation, mais ils n'ont jamais pu exhiber une quelconque preuve. De plus, c'était impossible que le Premier ministre puisse venir parler comme ça du jour au lendemain alors que nous avons un programme négocié depuis des semaines.

Quels sont vos critères ?

Nous avons une charte de principes qui établit des critères d'accréditation pour être délégué ou invité. Les premiers sont des associations de la société civile qui s'inscrivent et qui proposent des noms de personnes appelées à intervenir en tant qu'invitées. Par ailleurs, il faut être opposé au néolibéralisme et à la domination du marché par les capitaux. M. Verhofstadt a trouvé cette `clause´ trop idéologique. C'est son droit. Mais nous, c'est notre raison d'être.

Certains critiquent votre comportement parce ce que vous refusez la parole à une personne qui dispose d'une légitimité démocratique...

A Porto Alegre, les élus et les représentants disposent du Forum des Autorités locales et de celui des Parlementaires. Et puis, personne ne lui a interdit de venir à titre d'observateur.

Cette deuxième édition connaît quand même une grande affluence de personnalités politiques....

Oui, et cela ne va pas s'arranger parce que le FSM est devenu un vecteur de visibilité. Le risque de récupération de l'événement est réel. Cela prouve que le FSM a gagné en crédibilité, mais si on ne contrôle pas cette dérive, le mouvement risque d'être dénaturé.

On vous reproche aussi de tourner le dos au Forum économique de Davos, de cultiver votre différence au détriment du débat ?

Premièrement, le Forum économique a 30 ans de plus que nous. Nous, nous sommes encore dans une phase de construction. Mais, pour revenir au débat: ceux qui n'acceptent pas le terme même de `débat´, ce sont les tenants de la globalisation. Eux, ils parlent de `dialogue´. Nous, nous répondons: un dialogue sur quoi ? Car, on ne dialogue que quand on a un minimum de choses en commun. Et qu'est-ce qu'on a commun ? Il faudrait d'abord se mettre d'accord là-dessus. Et pour ça, il faut débattre. Ceux qui veulent le débat, c'est nous.

Pensez-vous que la nébuleuse antimondialisation doive se structurer, s'institutionnaliser pour acquérir un vrai poids politique ?

Je n'en suis pas sûr, car la force du FSM, c'est la rencontre des diversités, sans que l'une veuille dominer l'autre...

Oui, mais est-ce constructif ? On vous taxe aussi de doux rêveurs sans réel impact sur la société...

Au moins, les gens commencent à être plus gais car ils entrevoient des alternatives. Retrouver la capacité de songer à un autre futur, ce n'est pas rien. Par ailleurs, nous nous sommes beaucoup interrogés sur notre spécificité et il en est ressorti que c'est la première fois que l'on rassemble des mouvements qui semblaient ne jamais se parler: syndicats, paysans, militants des droits de l'homme, femmes, paysans, tiers-mondistes etc. Tous ses mouvements étaient trop cloisonnés.

Que répondez-vous à ceux qui disent que les ONG et la société civile n'ont pas la légitimité des mandataires démocratiquement élus ?

Et qui leur donne le pouvoir aux mandataires ? C'est nous, les citoyens avec notre vote. Cela ne sert à rien de stigmatiser les associations qui fonctionnent avec des fonds publics. L'argent public de l'Etat sert aussi à ça. Et si ces organisations existent, c'est parce qu'elles font quelque chose d'utile à la société. Les ONG ne veulent pas le pouvoir, elles n'ont pas à participer à la gouvernance mondiale. D'ailleurs, elles n'ont pas le mandat pour le faire. Mais, elles ont le droit de dire si cela fonctionne ou pas, de faire pression sur les politiques. Elles ont un rôle de vigile.

© La Libre Belgique 2001