Les derniers feux de Porto Alegre

Rideau. Après le Forum économique mondial de New York, mardi, c'était autour du Forum social mondial de Porto Alegre de fermer ses portes. Cinq jours durant, quelque 50 000 participants ont planché sur les `méfaits´ de la mondialisation.

PAR RACHEL CRIVELLARO
Les derniers feux de Porto Alegre
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ANALYSE

Rideau. Après le Forum économique mondial de New York, mardi, c'était autour du Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre de fermer ses portes. Cinq jours durant, quelque 50 000 participants - ONG, syndicalistes, militants, etc.- ont planché sur les `méfaits´ de la mondialisation. Cinq jours de débats fiévreux dans l'été austral de la capitale du Rio Grande do Sul (Sud-Est du Brésil) à tenter d'esquisser les contours d'un autre monde. Au cours de cette deuxième grand-messe des altermondialistes, on aura beaucoup parlé des attentats du 11 septembre, sur leurs conséquences en matière de respect des droits de l'homme mais aussi de la dette des pays en voie de développement, de la spéculation financière, des questions environnementales, des droits sociaux etc. Mais, cette seconde édition se voulait d'abord un test de crédibilité et de succès que le FSM a d'ores et déjà en partie réussi. En témoigne la présence plus ou moins spontanée - ou calculée, c'est selon - de nombreux responsables politiques (dont pas moins de 4 candidats aux élections présidentielles françaises), au même titre que certains ont tenté - sans succès - de s'arroger une tribune. Porto Alegre était cette année la destination à la mode, reste à voir si le voyage portera ses fruits. Car au-delà de la cacophonie contestataire - au sein de laquelle on condamne pêle-mêle le Fonds monétaire international (FMI), le sort des paysans sans terre ou encore la pollution des nappes phréatiques -, le FSM se devait d'accoucher à tout le moins d'un document fédérateur, à défaut de canaliser un `mouvement des mouvements´ par définition rétif à l'institutionnalisation. En la matière, l'épilogue s'avère un peu plus ambigu. Certes, les participants repartent avec un calendrier 2002-2003 bien rempli en grands rendez-vous de la lutte antimondialisation. L'idée de la mise en place d'un G 8 réunissant des pays comme l'Inde, la Chine et le Brésil a également fait son chemin. Et les divers mouvements sociaux présents à Porto Alegre ont lancé un appel solennel à la résistance au néolibéralisme et à la militarisation. Mais, la grande victoire de la nébuleuse des altermondialistes aura été surtout de battre en brèche la `logique d'une pensée unique´. A des milliers de kilomètres, à New York, les dirigeants politiques et économiques présents au forum économique mondial de New York ont abordé de nombreux thèmes au menu du contre-forum de Porto Alegre, comme la pauvreté ou la mondialisation. Les quelque 3 000 participants ont aussi fortement mis l'accent sur la nécessité de lier lutte contre le terrorisme et contre la pauvreté. Et comme à Porto Alegre, les critiques contre les Etats-Unis, l'égoïsme des pays industrialisés ou la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont aussi fusé. Si les diagnostiques et les réponses divergent toujours, au minimum un début de dialogue a pris forme. L'année prochaine, le Premier ministre Guy Verhofstadt, pourrait bien prendre la parole à Porto Alegre.

© La Libre Belgique 2001

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