Porto Alegre, ville ouverte sur l'inconnu

PAR RACHEL CRIVELLARO

REPORTAGE

À PORTO ALEGRE

L e gouvernement du Rio Grande do Sul est différent.´ C'est ainsi que les organisateurs du Forum social mondial (FSM) expliquent le choix de Porto Alegre comme lieu de pèlerinage planétaire (provisoire) des mouvements altermondialistes. La capitale des Gauchos (le nom donné aux habitants du Sud-Est du Brésil) se distingue par un système de gestion publique unique au monde: le budget participatif. Un principe qui permet à la population d'intervenir activement dans la gestion des ressources publiques. `Le Rio Grande do Sul s'inscrit à contre-courant de ce que fait le pouvoir central. Au lieu de privatiser, le Parti des travailleurs (PT, gauche: NdlR) a préféré renforcer et assainir les entreprises publiques´, soutient Tarso Genro, maire de Porto Alegre. `Chez nous, l'État est à tout le monde. Il est public et pas privé. La participation populaire consolide les droits et étend le sens de la démocratie.´ Ainsi, dans les 497 communes du Rio Grande do Sul se tiennent des assemblées chargées de définir les investissements de la ville, de la région et de l'État. Chaque année, au début du processus, le gouvernement rend des comptes sur les travaux, les sommes et les services. En trois ans d'implantation, le Budget participatif a connu une croissance de près de 100 pc: 378 000 Gauchos ont pris part aux réunions en 2001 contre 190 000 en 1999. `L'utilisation de l'argent public n'est plus déterminée dans les cabinets. C'est la population, propriétaire légitime de ses fonds, qui décide de leur utilisation´, souligne-t-on au siège du gouverneur de l'État. Ce vibrant plaidoyer pour le `budget participatif´ ne doit toutefois pas faire oublier d'autres criantes réalités. À Porto Alegre, difficile de ne pas voir les sans domicile fixe installés sous les viaducs où qui dorment sur les terre-pleins herbeux des grandes avenues. Le taux d'analphabétisme - même si l'un des plus bas du pays - s'élève encore à 14,7 pc. Près de 912 000 Gauchos - sur une population de 10,2 millions d'habitants - ne disposent d'aucun revenu et 229 000 enfants de 4 à 14 ans sont obligés de travailler. Un état des lieux que bien sûr l'opposition ne se prive pas de rappeler, tout en fustigeant les cadres du PT accusés de `court-circuiter´ les représentants élus du conseil municipal. `Par ailleurs, le budget participatif n'empêche pas pour autant les rapports de force et les trafics d'influence´, souligne César, chauffeur à Porto Alegre. `Mon père a participé à ces assemblées représentatives, il m'a confirmé que les préaccords politiques entre certains participants et les élus faisaient parti des moeurs.´

Reste qu'en moyenne, les indicateurs du Rio Grande do Sul sont meilleurs que ceux du Brésil. Ceci étant et promue par l'aile la plus radicale du PT, la démocratie participative relève désormais de l'étendard électoral. Cultivée avec soin dans le terreau de la fierté locale. Les habitants de l'État rappellent à l'envi que le Rio Grande do Sul est le seul à avoir résisté au putsch de 1964 qui accoucha d'une dictature militaire. `Une telle preuve d'indépendance politique ne pouvait que favoriser la mise en place d'un tel système.´

© La Libre Belgique 2001