L'`autre monde´ selon Guy Verhofstadt

Des appels au dialogue entre le forum social de Porto Alegre et le forum économique de New York ont pourtant été formulés, à l'instar de celui du premier ministre Guy Verhofstadt (VLD), qui ne voit `pas beaucoup de contradictions entre les deux bords´. Le Premier ministre veut un contre-poids politique à une globalisation économique bien réelle.

RACHEL CRIVELLARO
L'`autre monde´ selon Guy Verhofstadt
©Belga

Le 32e Forum économique mondial et sa version alternative de Porto Alegre se sont terminés, sans pour autant clore le débat sans fin sur les avantages et inconvénients de la mondialisation. De plus, si ce n'est une discussion de 8 minutes via une connexion établie par la télévision suisse romande, les deux camps n'auront guère communiqué. Des appels au dialogue entre les deux forums ont pourtant été formulés, à l'instar de celui du premier ministre Guy Verhofstadt (VLD), qui ne voit `pas beaucoup de contradictions entre les deux bords´. Même s'il s'est vu refuser sa participation au Forum social mondial (FSM) comme invité orateur.

Le Premier ministre - qui s'est toutefois rendu à New York pour la réunion annuelle des `global leaders´ - aura néanmoins profité de cette tribune pour annoncer ses projets en matière de globalisation, dans une optique qui se veut plus `réconciliatrice´ que réellement `antagoniste´. Un credo qu'il a donc repris mercredi devant les commissions réunies chargées des questions européennes et des relations extérieures de la Chambre.

OUVRIR LES MARCHÉS

Guy Verhofstadt a d'abord souligné tout le bien qu'il pensait de certains aspects de la globalisation. `Des pays comme l'Inde, la Chine, le Mexique mais aussi certains pays de l'Est ont réussi à augmenter leur bien-être et leur prospérité grâce au développement du commerce international.´

Et d'insister sur la corrélation entre la hausse des revenus d'un pays et le degré d'ouverture de son marché. Le Premier ministre estime néanmoins que `beaucoup de pays ne récoltent pas les fruits de la globalisation´, voire en subissent les conséquences négatives. `Certaines politiques de dumping aussi bien européennes qu'américaines faussent les règles du libre-échange et certains pays en endurent les conséquences. C'est le cas par exemple avec la Politique agricole européenne. Cela tend à démontrer que si la mondialisation économique est une réalité, elle nécessite aussi un contre-poids politique.´

Dès lors, le Premier ministre souhaiterait remplacer le G 8 - le club des pays les plus industrialisés - par un forum politique mondial fédérant diverses organisations régionales et économiques (comme l'Union européenne, le Mercosur, l'Asean, la Ligue arabe, l'OUA, le FMI, la BM, etc.). `Les Nations unies pourraient héberger cette enceinte´, a-t-il précisé. Pour ce faire, le chef de l'exécutif belge a déjà pris langue avec divers responsables politiques et économiques internationaux dans le but d'organiser une réunion informelle en mai prochain, dédiée à une première exploration du projet. Dans un avenir plus proche, Guy Verhofstadt a annoncé son intention de s'attaquer au problème de la dette des pays en voie de développement. Lors du sommet européen de Barcelone - les 15 et 16 mars prochains -, il proposera à ses homologues l'annulation globale de la dette des pays pauvres pour l'ensemble des Quinze. En corollaire à l'annulation de la dette, Guy Verhofstadt a rappelé une des conclusions du sommet de Laeken sur la nécessité d'augmenter l'aide européenne au développement à 0,7 pc du PIB. Et d'appuyer sur le rôle de l'Union européenne et son modèle de solidarité qui a déjà prouvé sa capacité `à faire avancer des régions plus faibles´ comme l'Espagne, le Portugal ou la Grèce.

Enfin, Guy Verhofstadt a insisté sur son intention de rééditer l'année prochaine le sommet sur la mondialisation de Gand; le même qui avait suivi de peu l'envoi par le Premier ministre d'une lettre aux `antimondialisation´. `La réunion de Gand se voulait une première tentative de réunir tout le monde face au déficit manifeste de dialogue avec les altermondialistes, a-t-il rappelé, tel qu'il est tristement apparu lors du G 8 à Gênes ou lors du sommet européen de Göteborg.´ Le Premier ministre a d'ores et déjà annoncé que la deuxième édition gantoise serait consacrée à la réalisation de l'ordre du jour arrêté à Doha, lors de la dernière conférence de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

© La Libre Belgique 2002