Le peso flottant plonge mais ne coule pas

On s'attendait à une dégringolade, mais le peso argentin aura finalement mieux résisté que ce que certaines Cassandre avaient prédit. La monnaie argentine restait stable face au billet vert, s'échangeant à un taux assez voisin de celui du 1er février, dernier jour d'ouverture du marché.

RACHEL CRIVELLARO

On s'attendait à une dégringolade, mais le peso argentin aura finalement mieux résisté que ce que certaines Cassandre avaient prédit.

Mardi, la monnaie argentine restait stable face au billet vert, s'échangeant à la vente à un taux oscillant entre 1,95 et 2,10 (contre 2,15 la veille) pesos pour un dollar. Soit, un taux assez voisin de celui du 1er février, dernier jour d'ouverture du marché. Le peso n'a donc perdu que près de 2,5 pc de sa valeur par rapport à ce cours, ce qui porte sa dévaluation totale à 54 pc depuis l'abandon début janvier de la parité peso/dollar, instaurée il y a une dizaine d'années par le gouvernement Ménem.

`Les marchés ont eu tout le temps d'absorber ce choc plus qu'annoncé. De plus, le taux actuel anticipe probablement une situation future. Même si rien n'est jamais définitif en économie, le cours du peso ne devrait pas baisser beaucoup plus´, estime Paul Löwenthal, professeur d'économie à l'UCL et spécialiste de l'Argentine. Depuis lundi, l'inquiétude était palpable à Buenos Aires. Après une semaine de fermeture des opérations de change, le peso devait décrocher définitivement du dollar. Un épilogue prévisible. Début janvier, le gouvernement argentin avait déjà instauré un double marché des changes: peso flottant librement d'un côté et taux officiel de 1,4 peso/1 dollar pour le commerce extérieur.

Mais, et malgré l'assouplissement des restrictions en matière de retraits bancaires (`corralito´) qui a provoqué une ruée dans les banques, il semblerait que le siège massif des bureaux de change par les Argentins - les files d'attente se sont formées dès le dimanche soir - pour acheter des dollars n'aurait pas précipité complètement la chute du peso. Pour l'heure, la Banque centrale n'a pas dû intervenir. `La parité peso/dollar était devenue intenable pour la compétitivité de l'économie argentine. La dévaluation du peso devrait au moins permettre au pays de sortir de l'apnée. L'Argentine est en situation d'inflation négative, il n'y a plus d'argent qui circule´, note Paul Löwenthal.

Même si le spectre de l'hyperinflation hante toujours les Argentins, le ministre de l'Economie, Jorge Remes Lenicov, s'est rendu mardi à Washington pour présenter le nouveau plan de redressement qui vise à sortir le pays de 4 ans de marasme au Fonds monétaire international (FMI). Entre autres gageures, le gouvernement du président Duhalde doit négocier un taux de chômage à deux chiffres et une dette extérieure qui s'élève à 141 milliards de dollars (160 milliards d'euros).

Outre le flottement du peso par rapport au dollar et la levée du `corralito´, le plan anti-crise prévoit également la `pesification´ de l'économie, via notamment la conversion des dettes et des dépôts bancaires libellés en dollar.

Reste à voir si ce dispositif convaincra les directeurs du FMI. Déjà le week-end dernier, le G 7 (club des pays les plus industrialisés) ne s'était guère montré optimiste, estimant que l'Argentine avait encore des efforts à fournir avant de pouvoir bénéficier d'une aide internationale. Or, Buenos Aires souhaite un soutien de 15 à 20 milliards de dollars pour accompagner son plan de redressement. `Dans un certain sens, le FMI sera moins exigeant que ce qui serait vraiment nécessaire. Le Fonds se limitera à vérifier le retour à l'orthodoxie financière, en vérifiant - par exemple - le redressement de la balance des paiements. Or, il faut surtout rétablir la confiance des investisseurs dans l'Argentine; voire favoriser l'émergence d'un secteur informel pour que le pays reparte´, souligne Paul Löwenthal. En décembre dernier, le FMI a suspendu ses crédits à l'Argentine en raison de l'`incapacité´ du gouvernement argentin à remplir ses objectifs de réduction du déficit budgétaire. Une décision qui a poussé le pays à instaurer un moratoire sur sa dette publique.

Pour l'instant en tout cas, il ne s'agit que d'un `contact informel´ entre la nouvelle équipe argentine venue au pouvoir le 1er janvier dernier et les principaux créanciers de l'Argentine. Toutefois, le FMI a d'ores et déjà émis de sérieuses réserves sur les espoirs du ministre Remes Lenicov en matière de rentrées fiscales et exige du gouvernement Duhalde qu'il impose de sérieux ajustements dans les dépenses des provinces. Ce qui est loin d'être acquis.

© La Libre Belgique 2002